dimanche 8 janvier 2017

Le rôle du culte

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NB : Cette prédication est la première d'une série qui essayera de répondre aux « questions à l'apôtre Paul » posées par les participants au week-end de rentrée de l’Église évangélique libre de Toulouse. Plusieurs questions touchaient à la question du culte, et notamment la musique et les chants, la place de la confession des péchés, la liberté qui doit être laissée à l'Esprit de Dieu.

Dans la terminologie protestante, le culte désigne le rassemblement de l’Église pour prier, chanter, écouter la Parole de Dieu... Or, il y a peu de textes dans le Nouveau Testament qui donnent des instructions précises quant au culte. On sait par le livre des Actes des apôtres que, dès le lendemain de la Pentecôte, les chrétiens se réunissaient pour prier et écouter l'enseignement des apôtres. On a quelques consignes de l'apôtre Paul dans la première épître aux Corinthiens, mais dans un contexte où il fallait remettre un peu d'ordre dans le chaos qui semblait régner dans cette Église. Et puis il y a deux textes, assez proches quant à leur contenu, dans deux autres épîtres de Paul. Je vous propose de les lire et de les méditer ce matin.

Ephésiens 5.18-20
18Ne buvez pas trop de vin : la boisson pousse les gens à se détruire. Mais soyez remplis de l'Esprit Saint. 19Ensemble, dites des psaumes, des hymnes, des cantiques qui viennent de cet Esprit. Chantez la louange du Seigneur de tout votre cœur. 20Remerciez Dieu le Père toujours et pour tout, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ.

Colossiens 3.15-17
15Que la paix du Christ dirige vos cœurs ! Dieu vous a appelés à cette paix pour former un seul corps. Dites-lui toujours merci. 16Que la parole du Christ habite parmi vous avec toute sa richesse. Donnez-vous des enseignements et des conseils avec toute la sagesse possible. Remerciez Dieu de tout votre cœur, en chantant des psaumes, des hymnes et des cantiques qui viennent de l'Esprit Saint. 17Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en remerciant par lui Dieu le Père.

Il y aurait beaucoup à dire à partir de ces deux textes. A commencer par le fait qu'il n'y a rien de contraignant quant à la façon de vivre un culte. On peut être fidèle à ces textes de bien des manières, avec différentes formes de spiritualité communautaire, dans différentes traditions ecclésiales. Il n'y a pas qu'une seule façon de vivre un culte qui serait conforme à la Bible...

Mais si on ne devait garder que quelques éléments incontournables du culte, j'en proposerais trois : la communauté, le Saint-Esprit et le cœur.


La communauté

On peut lire la Bible seul, on peut prier seul, on peut même chanter seul... mais ce n'est pas un culte au sens où on l'entend en général. Même si on parle parfois de « culte personnel ». Le culte, c'est une expression de piété communautaire. Et elle est importante parce que dans la perspective biblique, la foi n'est pas qu'une affaire personnelle et individuelle, elle a une dimension communautaire. On n'est pas chrétien tout seul, chacun fait partie du corps du Christ.

Alors bien-sûr, le culte est rendu à Dieu. Son but est de glorifier le Seigneur : « Quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu, le Père. » (Colossiens 3.17)

Mais quand on lit les instructions de l'apôtre Paul dans nos deux textes, l'accent tombe sur la dimension communautaire ! Il s'agit de dire ensemble des psaumes, de chanter ensemble à Dieu. Le rassemblement doit manifester la réalité que nous formons un seul corps en Christ. C'est ce qui explique que la musique, avec le chant, occupe une place centrale dans ces textes bibliques. A cause de sa dimension communautaire ! Chanter, c'est prier ensemble, en même temps, avec le mêmes paroles. C'est la voix du corps du Christ qui s'exprime.

Mais littéralement, Ephésiens 5.19 dit : « Parlez-vous les uns aux autres par des psaumes, des hymnes, etc... » Il ne s'agit donc pas seulement de prier et chanter ensemble mais de le faire les uns pour les autres.

Ca signifie donc que le choix des cantiques dans un culte est important. Ils doivent nous parler, nous édifier. Et cela tant au niveau de la musique que des paroles. Pour la musique, dans cette optique, il est nécessaire qu'il y ait un renouvellement, avec des musiques modernes, qui nous parlent culturellement. Dans le respect bien-sûr des goûts divers... Il faut aussi que les cantiques aient des paroles qui ont du sens. C'est vrai que là, on n'est pas toujours gâtés... et pas seulement avec les nouveaux chants. Des fois, ça passe parce qu'il y a la musique. Mais essayez un test redoutable : lisez les paroles d'un cantique à haute voix, sans les chanter. Et voyez ce que ça donne...

Mais l'exhortation à « se parler les uns aux autres » est valable aussi pour la prière communautaire. Certes, en priant, on parle à Dieu... mais on parle aussi à ses frères et sœurs quand on prie à haute voix en public ! Evidemment, il ne s'agit pas de régler ses comptes pendant une prière, ni de déballer sa vie privée en public. Même s'il faut aussi qu'il y ait dans nos cultes l'occasion de confesser personnellement à Dieu nos péchés, et susciter peut-être une démarche de pardon et de réconciliation à mettre en œuvre dans notre vie.

Mais n'avez-vous jamais été édifié par une prière au cours d'un culte ? Peut-être faudrait-il mieux les préparer ? Pourquoi ne prépareriez-vous pas vos prières avant de venir au culte le dimanche matin ? Pour qu'elles honorent Dieu et édifient les frères et sœurs...

La dimension communautaire du culte est donc essentielle. Et on peut très bien la manquer, y compris quand une église est pleine. Si on vit le culte chacun pour soi devant Dieu, en oubliant ses frères et sœurs autour de soi. Mais l’Église est un corps et non une banque d'organes. Les organes sont liés les uns aux autres pour former un corps vivants, pas mis les uns à côté des autres dans un même lieu. Et cela doit se voir dans le rassemblement du culte !


Le Saint-Esprit

Le deuxième incontournable du culte, c'est le Saint-Esprit. Il en est un acteur indispensable. En Ephésiens 5, tout découle du Saint-Esprit qui nous remplit. Littéralement, le texte dit : « soyez remplis du Saint-Esprit, en disant ensemble des psaumes... et chantant et psalmodiant... ». L'exhortation de base c'est d'être rempli du Saint-Esprit et toutes les autres sont des propositions relatives. Autrement dit, si on n'est pas rempli du Saint-Esprit, tout le reste n'a plus de sens... C'est pourquoi la prière d'ouverture, au début de nos cultes, est importante. Ce n'est pas juste pour la forme. Elle exprime la nécessité de la présence de Dieu, par son Esprit, au milieu de son peuple qui se réunit.

Si on est remplis du Saint-Esprit, alors nos chants, nos prières, ne seront pas seulement nos paroles mais les paroles du Saint-Esprit lui-même... D'ailleurs Colossiens 3 ne parle pas d'être rempli du Saint-Esprit mais de la parole du Christ qui doit habiter en nous dans toute sa richesse. Être rempli du Saint-Esprit, c'est être habité par la parole du Christ.

Remarquez bien qu'ici il n'est pas question d'un type de piété plus que d'un autre. Pas besoin d'être charismatique pour dire que nous devons être remplis du Saint-Esprit et que l'Esprit de Dieu doit animer et donner vie à nos cultes ! Ici se pose bien-sûr la question de la liberté de l'Esprit. Il faut sans doute laisser une part de spontanéité dans nos cultes pour la laisser pleinement s'exprimer. Mais être spontané ne signifie pas forcément être inspiré ! De même la liberté de l'Esprit c'est aussi de pouvoir agir en amont, dans la préparation.

Quoi qu'il en soit, sans le Saint-Esprit, un culte n'est qu'une réunion entre chrétiens... Mais Dieu n'est pas là. Et ce n'est plus un culte. C'est un rassemblement humain, qui peut être très sympathique voire même enthousiaste. Mais sans la présence et l'action de Dieu, ce n'est pas un culte.


Le cœur

Le troisième incontournable que j'aimerais souligner, c'est le cœur. Notre cœur. « Chantez la louange du Seigneur de tout votre cœur. » (Ep 5.19)« Remerciez Dieu de tout votre cœur » (Col 3.16)

On ne parle pas ici des sentiments et des émotions. On parle de l'implication personnelle. Ca induit aussi des émotions mais pas seulement. Vivre un culte avec le cœur, c'est le vivre avec l'esprit en éveil, une écoute active, une authenticité dans les paroles et les gestes, etc...

Quelle est notre attente, notre préparation ? Quand nous venons au culte le dimanche, nous attendons-nous à rencontrer Dieu, à entendre sa voix ? Pas seulement revoir des frères et sœurs, être portés par une louange vivante, être instruit par la prédication de la Bible. Mais rencontrer Dieu. Ou pour utiliser les expressions de nos textes, être remplis du Saint-Esprit et de la parole du Christ.

Vous aurez remarqué qu'il n'y a pratiquement que des impératifs dans nos deux textes. Donc les choses ne se font pas toute seule. Il faut y mettre du sien. Les chants peuvent être magnifiques, la prédication pertinente, l'ambiance chaleureuse... si vous n'y mettez pas chacun tout votre cœur, ça sera un culte qui ne vous concernera pas...

Si votre cœur n'est pas impliqué dans le culte, alors ce qui s'y passera vous sera extérieur. Comme si les seuls acteurs d'un culte étaient ceux qui sont sur l'estrade... Si vous n'êtes pas acteurs du culte, en y participant de tout votre cœur, alors vous en restez spectateurs.


Conclusion

La communauté, Dieu, le croyant. Le rôle du culte est de permettre l'articulation de ces trois dimensions de l’Église.

Retirez la dimension communautaire et le culte n'est alors qu'une parenthèse dans la semaine où chacun vient faire son marché et repart chez lui avec ce qu'il a trouvé... ou pas.

Retirez l'Esprit de Dieu et le culte n'est alors guère plus qu'un rassemblement humain comme un autre, comme on participe à un club ou une association.

Retirez l'implication personnelle, de tout cœur, de chacun et le culte devient juste un spectacle, avec des acteurs ou des chanteurs qui se produisent devant un public. Allez plutôt au théâtre ou au cinéma !

Vivons au contraire le culte comme l'occasion d'expérimenter l’Église comme corps du Christ. Un corps dans la diversité de ses membres, par la dimension communautaire. Un corps vivant, animé par le Saint-Esprit. Un corps où chacun a son importance, dans lequel chacun est acteur, de tout cœur.

dimanche 1 janvier 2017

Bénir...

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A la place (ou en complément !) des vœux traditionnels de bonne année et de bonne santé que vous avez sans doute déjà échangé depuis quelques heures (et vous allez continuer encore quelques jours...), je vous propose ce matin de nous placer les uns les autres sous la bénédiction de Dieu. Et nous pouvons le faire grâce au texte de l'Ancien Testament qui nous est proposé pour ce dimanche.

Nombres 6.22-27 (NBS)
22 Le SEIGNEUR dit à Moïse : 
23 Dis à Aaron et à ses fils : Vous bénirez ainsi les Israélites ; vous leur direz :
24 Que le SEIGNEUR te bénisse et te garde !
25 Que le SEIGNEUR fasse briller sa face sur toi et t'accorde sa grâce !
26 Que le SEIGNEUR lève sa face vers toi et te donne la paix !
27 Ainsi ils placeront mon nom sur les Israélites, et je les bénirai.

Cette bénédiction sacerdotale était prononcée tous les jours par les prêtres, à la fin de leur office au temple. Et c'est une prière qui est toujours très importante dans le Judaïsme aujourd'hui. Elle est dite à la synagogue, mais aussi à la maison, par les parents, tous les vendredis soirs, pour bénir leurs enfants le jour de shabbat.

C'est d'ailleurs une formule liturgique que nous utilisons aussi souvent dans nos cultes, comme formule de bénédiction finale. D'autant que ses trois parties peuvent évoquer pour nous la dimension trinitaire...

En y regardant de près, on constate que la formule est très travaillée d'un point de vue poétique. Elle est en effet constituée de trois phrases de taille croissante. La première est faite de 3 mots pour 15 lettres, la deuxième de 5 mots pour 20 lettres, la troisième de 7 mots pour 25 lettres. Une structure qui traduit un mouvement, une dynamique d'expansion, comme la bénédiction de Dieu qui se répand et s'accroît. Elle évoque une bénédiction de Dieu qui avance inexorablement et que rien ne peut contrecarrer.

De plus, si on enlève les trois occurrences du mot SEIGNEUR (Yahwé), il reste 12 mots... comme le nombre des tribus d'Israël. Signe d'une bénédiction du Seigneur pour l'ensemble de son peuple. Personne n'est oublié.

C'est passionnant de constater que si on n'en reste qu'à la structure de cette formule, on a déjà un enseignement sur la bénédiction de Dieu. C'est une bénédiction qui se répand inexorablement pour tous ceux qui lui appartiennent. Et c'est déjà là une formidable promesse pour nous en ce début d'année !

Mais pour aller plus loin, bien-sûr, il faut nous arrêter sur le contenu de cette triple formule. Chacune des phrases a le SEIGNEUR comme sujet, suivi de deux verbes, le second précisant ou développant le sens du premier : bénir et garder, faire briller sa face et faire grâce, lever sa face et donner la paix.



Bénir et garder

La bénédiction de Dieu, dans le contexte de l'Ancien Testament, est associée en général à l'abondance, la fertilité, la prospérité à tous égards. Un peu comme dans les vœux qu'on s'échange à Nouvel An, où on se souhaite mutuellement une bonne année, une bonne santé et plein de bonheur... On pourrait en déduire, et certains le font d'ailleurs, qu'être béni c'est forcément être riche, en bonne santé et vivre dans l'abondance.

Mais le fait que le verbe bénir soit associé dès la première phrase de cette formule au verbe garder donne une tonalité plus nuancée à l'ensemble. Si le verbe bénir s'accorde aux temps d'abondance, le verbe garder convient particulièrement aux temps d'épreuves.

Plusieurs psaumes se font l'écho de cette bénédiction sacerdotale. Et notamment le Psaume 121 en ce qui concerne ce verbe garder (il est utilisé 6 fois en 8 versets). Il s'ouvre par cette question : « Je lève les yeux vers les montagnes, d'où me viendra la secours ? » Et la réponse est bien-sûr le Seigneur : « Il ne sommeille ni ne dort, celui qui garde Israël » (v.4).

Autrement dit, la bénédiction de Dieu est pour les bons et les mauvais jours : il nous bénit et il nous garde. Être gardé par Dieu, dans les temps heureux, c'est être au bénéfice de son abondance. Être gardé par Dieu, dans les temps sombres, c'est recevoir les forces pour traverser l'épreuve, la joie dans les difficultés, la paix face à l'adversité. Dans les deux cas, c'est bien une bénédiction !

Quoi que nous réserve l'année qui s'ouvre devant nous, dans la joie ou dans l'épreuve, nous pouvons fermement espérer en la bénédiction de Dieu, qui sera appropriée à ce que nous traverserons.


Bénir et faire grâce

La deuxième phrase débute par une expression figurée : « Que le SEIGNEUR fasse briller sa face sur toi. ». C'est comme si le Seigneur avait un visage éclatant et que, par sa présence, il illuminait notre vie. Ou comme si le sourire de Dieu illuminait son visage et nous rassurait quant à ses intentions envers nous. Car elles sont toute positive et pleines de bonté à notre égard. Ce que confirme le deuxième verbe de la phrase : faire grâce.

La grâce, c'est un don gratuit, immérité. Un cadeau... une notion que nous comprenons bien en ce temps de fêtes. Elle est forcément accordée par quelqu'un qui occupe une position supérieure, en faveur de quelqu'un qui n'a aucun droit à la réclamer. C'est bien notre position devant Dieu...

Et cela signifie que la bénédiction, au moins dans son sens fort, vient de Dieu seul. Jamais de nous. Nous ne sommes pas supérieurs à nos semblables ! Nous pouvons bien-sûr demander la bénédiction de Dieu pour les autres, ou même pour soi. Mais la bénédiction vient de Dieu seul. C'est un cadeau de sa grâce. Dans notre texte, quand Dieu dit à Aaron et ses fils : « c'est ainsi que vous bénirez les Israélites », il dit en fait que c'est ainsi que lui, il bénira son peuple, par l'intermédiaire de ses prêtres. C'est d'ailleurs ce que dit le verset 27 : « Ainsi ils placeront mon nom sur les Israélites, et je les bénirai. »


Je ne suis pas très à l'aise avec ces chrétiens qui bénissent les autres, comme s'ils avaient à leur disposition un dose de bénédiction qu'ils pouvaient dispenser autour d'eux. Et bien-sûr, quand il s'agit de bénir des objets ou des lieux, je suis encore plus mal à l'aise !

Il faut souligner que si la bénédiction de Dieu est une grâce, alors elle n'est pas un dû. Jamais. Ça ne veut pas dire pour autant qu'elle soit hypothétique ! Elle nous est promise, par un Dieu qui nous est favorable. C'était déjà vrai au temps de l'Ancien Testament. Ça l'est encore plus depuis la venue, la mort et la résurrection de Jésus-Christ. La lumière sur le visage de Dieu est la même qui a éclaté du tombeau vide.

Recevoir toute bénédiction de Dieu comme un cadeau et non un dû, c'est savoir accueillir les cadeaux de Dieu comme des signes de son amour. Et ça fait du bien !


Bénir et donner la paix

La troisième phrase aussi utilise une expression figurée : « Que le SEIGNEUR lève sa face vers toi. ». La TOB traduit « qu'il porte sur toit son regard. » et la version Parole de Vie propose « qu'il te regarde avec bonté. »

Cette expression imagée n'est utilisée qu'ici pour Dieu. Mais ailleurs dans l'Ancien Testament, quand Dieu « cache sa face » c'est qu'il est en colère. Il se cache, il s'en va... Ici, c'est l'inverse, il lève sa face, il se montre présent et se manifeste favorablement. Et il donne la paix...

On est bien dans le prolongement de la phrase précédente. L'insistance tombait sur l'initiative de Dieu dans la bénédiction : il fait grâce, il l'accorde comme un cadeau. L'insistance ici tombe plus sur les effets de la bénédiction de Dieu : elle procure la paix.

La paix, dans la Bible, c'est bien plus que l'absence de conflit. La paix (shalom) est une plénitude ! C'est la paix de la réconciliation (en particulier avec Dieu), la paix du repos, de la sécurité, de l'espérance, de l'harmonie, du bien-être... Elle est l'accomplissement du projet de Dieu, une des marques du Royaume qui vient : la paix est omniprésente chez les prophètes pour décrire la Création réconciliée avec Dieu, à la fin des jours.

La paix que Dieu donne est la plénitude de sa présence dans notre vie. Il lève sa face vers nous : que peut-il nous arriver ?


Conclusion

Que le SEIGNEUR te bénisse et te garde !
Que le SEIGNEUR fasse briller sa face sur toi et t'accorde sa grâce !
Que le SEIGNEUR lève sa face vers toi et te donne la paix !

Que pouvons-nous souhaiter de plus qu'une telle bénédiction de Dieu pour cette année qui s'ouvre devant nous ?

Mais posons nous une question complémentaire : comment être, en 2017, non seulement au bénéfice de la bénédiction de Dieu mais aussi des instruments de bénédiction pour les autres ?

Sans doute pouvons-nous nous inspirer de ces trois verbes pour qu'ils orientent la façon dont nous envisagerons nos relations. Prenons-le comme une bonne résolution ! Cherchons à garder, protéger et prendre soin ; soyons prêts à faire grâce, pardonner, restaurer ; poursuivons la paix, travaillons à la réconciliation.

En un mot, efforçons-nous de faire aux autres ce que Dieu a fait pour nous. Soyons en bénédiction pour les autres comme nous sommes au bénéfice de la bénédiction de Dieu.

dimanche 25 décembre 2016

Un enfant est né pour nous

« Un enfant est né pour nous, un fils nous est donné. Il a reçu l'autorité d'un roi. On lui donne pour nom : Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père éternel, Prince de la paix. » (Esaïe 9.5)

Les promesses messianiques des prophètes de l'Ancien Testament sont merveilleuses. La façon dont elles se sont accomplies en Jésus-Christ est plus merveilleuse encore. Ainsi, les noms donnés au Messie dans le texte d'Esaïe s'accomplissent merveilleusement dans la personne de Jésus... et mystérieusement la nuit de Noël.

Conseiller merveilleux
Ce nom évoque la sagesse. Celle que Jésus manifestera dans son enseignement, déjouant les pièges de ses adversaires et fascinant les foules. Il est lui-même la sagesse de Dieu révélée aux hommes. Une sagesse qui se cache parfois derrière des apparences trompeuses. Comme celle du jour de Noël, dans la folie de la crèche : le Fils de Dieu naît dans une étable, au sein d'une famille modeste. C'est pourtant ainsi qu'il s'identifie à nous, jusqu'au plus petit des humains.

Dieu fort
On pense à la puissance manifestée dans ses miracles nombreux et parfois impressionnants. On pense bien-sûr à la puissance incomparable de la résurrection. Mais à Noël, elle est toute contenue dans ce petit enfant. La force de Dieu c'est aussi de pouvoir se faire tout petit, pour se faire proche de nous. Sa force se manifeste dans l'incarnation : le Fils de Dieu devient homme. Quel miracle !

Père éternel
C'est peut-être le nom le plus surprenant... pour le Fils de Dieu. Mais Jésus n'a-t-il pas dit que lui et le Père ne faisaient qu'un ? Que par le Fils nous voyons le Père ? Il est Dieu lui-même, éternel. Comme l'exprime le prologue de l'évangile selon Jean. Et pourtant il accepte de devenir mortel en devenant homme. Le Dieu éternel devient un petit enfant. L'homme Jésus deviendra éternel par sa résurrection.

Prince de la paix
C'est peut-être le nom le plus évident quand on pense à Noël. Comment un petit enfant pourrait-il être une menace ? Mais de quelle paix parle-t-on ? Non pas seulement l'absence de conflit mais une paix nouvelle, qui provient de la réconciliation avec Dieu. Jésus est celui qui rend possible cette paix, par sa mort et sa résurrection : l'oeuvre de salut qui rend possible le pardon de Dieu et invite tous les humains à la paix.

Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père éternel, prince de la paix. Jésus l'était déjà, au moins en germe, dans la crèche. Il l'a été au cours de son ministère. Il l'est pleinement aujourd'hui et le sera plus parfaitement encore demain. Il est notre Seigneur, que nous célébrons en cette nuit de Noël !

dimanche 18 décembre 2016

La fatigue de Dieu

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Avant de lire le texte, précisons quelques éléments de contexte. Nous sommes au Ve siècle avant Jésus-Christ. Plusieurs décennies après le retour de l'Exil, les promesses de Dieu ne semblent pas vouloir s'accomplir. Zorobabel, en qui reposait tout l'espoir, est mort. La dynastie royale issue de David n'a pas été rétablie. Le temple a bien été reconstruit mais la routine s'y est déjà installée... Bref, on est loin de la gloire annoncée par les prophètes de l'Exil ! Le peuple de Juda est désabusé... et Dieu est tenu pour responsable.

Le texte que nous allons lire est révélateur de ce contexte. Et Dieu y répond aux accusations qui sont faites à son égard en annonçant qu'il va envoyer un messager pour préparer son chemin et qu'il viendra pour exercer un jugement. Un discours que nous entendrons dans les évangiles, à travers le personnage de Jean-Baptiste, identifié dans le Nouveau Testament au messager de Malachie. Ce texte est donc bien un texte de l'Avent ! Et le jugement qu'il annonce pourrait bien être éclairé d'une lumière nouvelle avec Jésus-Christ.

Malachie 2.17-3-5
17 Vous fatiguez le SEIGNEUR avec vos discours. 
Vous dites : « Comment est-ce que nous le fatiguons ? » 
Vous le fatiguez quand vous dites : « Ceux qui font le mal, le SEIGNEUR les regarde avec bonté. Il approuve ces gens-là. » Vous dites aussi : « Le Dieu qui juge avec justice, que fait-il ? »
1 Voici la réponse du SEIGNEUR de l'univers : « Je vais envoyer mon messager. Il préparera le chemin pour moi. Tout à coup, le Seigneur que vous désirez arrivera dans son temple. Voici le messager de l'alliance que vous attendez, il arrive. » 2 Qui pourra résister quand il viendra ? Qui pourra rester debout quand il se montrera ? Car il est comme le feu du fondeur, comme la lessive du blanchisseur. 3 Il s'installera pour fondre l'argent au feu et pour le rendre pur. Il purifiera les prêtres de la famille de Lévi, ils les rendra purs comme on rend purs l'or et l'argent. Alors ils pourront présenter les offrandes au SEIGNEUR en respectant les règles. 4 Ainsi, les offrandes des gens de Jérusalem et des autres habitants de Juda plairont au SEIGNEUR, comme autrefois, dans le passé. 5 Oui, le SEIGNEUR de l'univers le dit : « Je viendrai au milieu de vous pour vous juger. Je me dépêcherai d'accuser les sorciers, ceux qui commettent l'adultère, ceux qui font des serments faux, ceux qui paient mal leurs ouvriers, ceux qui écrasent les veuves et les orphelins par l'injustice, ceux qui traitent mal les étrangers, tous ceux qui ne me respectent pas. »

La Bible utilise souvent des anthropomorphismes pour parler de Dieu : on projette sur Dieu des attitudes humaines. Il faut bien parler de ce qu'on connaît... tout en étant conscient que c'est toujours une façon imparfaite d'évoquer Dieu, bien que parlante.

Il y a deux semaines, nous avons médité le Psaume 2 dans lequel Dieu riait de l'agitation des peuples contre lui, des attaques vaines qui ne l'atteignent pas. Ici, Dieu est fatigué par les discours de son peuple. L'image du Dieu moqueur parlait d'un Dieu qui ne peut pas être atteint par les moqueries des hommes. L'image, ici, du Dieu exaspéré montre qu'il est touché par les paroles et le attitudes de son peuple.


1. Fatigué...

« Vous fatiguez le Seigneur avec vos discours ! » Quelle force dans cette affirmation ! Elle dit que la patience de Dieu est à bout.

Vous savez, comme quand des parents n'en peuvent plus que leur enfant fasse toujours les mêmes bêtises : « tu me fatigues ! ». Ou quand quelqu'un vient toujours se plaindre à vous de la même chose : « tu me fatigues ! ».

Ou même quand Jésus en a assez de l'incrédulité de ses disciples qui ne comprennent jamais rien à rien : « Gens de peu de foi. Jusqu'à quand vous supporterais-je ? » (Matthieu 17.17 par exemple). Une autre façon de le dire n'aurait-elle pas été : « Vous me fatiguez ! » ?

Franchement, vous ne croyez pas que le Seigneur pourrait nous dire la même chose parfois ? « Tu me fatigues ! » Face à l'écart entre nos paroles et nos actes, face à nos plaintes et nos récriminations... « Tu me fatigues ! »

Si on revient à notre texte, Malachie évoque ce qui fatigue le Seigneur. Son peuple se plaint de la non-intervention de Dieu, qu'il n'accomplit pas ses promesses, pire, qu'il approuve ceux qui font le mal puisqu'il ne les juge pas ! Ça le fatigue, d'abord parce que ce n'est pas vrai et ensuite parce que ceux qui tiennent ces propos ne sont sans doute pas meilleurs que ceux qu'ils désignent comme des méchants que Dieu ne punit pas. Vous savez, c'est l'histoire de la paille et la poutre...

Voyez le verset 5 où Dieu dit aux Israélites : « Je viendrai au milieu de vous pour vous juger. » ! Vous voulez que je juge le méchant ? Mais alors vous aussi vous serez jugés... et vous avez bien des choses à vous reprocher. La liste qui suit le montre bien. Notez bien d'ailleurs qu'à part le premier reproche qui est de nature religieuse, la sorcellerie, les autres sont plutôt de nature sociale : adultères, faux serments, oppression des ouvriers, des veuves et des orphelins, des étrangers. On n'est pas au temple, là, mais dans la vie quotidienne.

Cette liste montre bien d'ailleurs qu'il y a une incohérence du peuple à accepter ces pratiques en son sein tout en reprochant à Dieu de ne pas accomplir ses promesses ! « C'est un scandale, Dieu n'accomplit pas ses promesses... » mais dans notre quotidien, on tolère ce que Dieu dénonce ouvertement. « Je ne comprends pas, Dieu ne répond pas à ma prière... » mais je fais un peu n'importe quoi de ma vie. Ca ne vous paraît pas incohérent ? Voilà pourquoi Dieu est fatigué par de tels discours...

En fait, en un mot, je crois que Dieu est fatigué par notre incohérence. Et je crois d'ailleurs aussi que cette incohérence est source de fatigue pour nous. Un des enjeux majeures de la vie chrétienne, c'est la cohérence : entre nos paroles et nos actes, entre ce que nous croyons et ce que nous faisons, entre le dimanche et le reste de la semaine, entre l’Église, la famille et le travail... L'incohérence crée un malaise devant Dieu, devant les autres, en nous-mêmes. La cohérence crée l'harmonie et la paix intérieure, le repos plutôt que la fatigue.


2. Retrouver le repos

Mais revenons à la « fatigue » de Dieu. Si le Seigneur est fatigué, c'est bien parce qu'il est touché par ce que nous disons et faisons. Il ne serait pas fatigué s'il s'en fichait, s'il ne se souciait pas de nous. C'est bien dans cette optique qu'il faut comprendre la perspective de jugement présente dans ce texte.

En réponse à sa « fatigue », Dieu annonce donc un jugement purificateur : comme le feu du fondeur et la lessive du blanchisseur. L'objectif, c'est de retrouver une pratique cultuelle agréable à Dieu : « Ainsi, les offrandes des gens de Jérusalem et des autres habitants de Juda plairont au SEIGNEUR, comme autrefois, dans le passé. » (v.4). On pourrait dire qu'alors, le Seigneur ne sera plus fatigué par son peuple !

Dans une perspective messianique, il y a bien-sûr un écho à ce jugement dans le ministère de Jésus. On pourrait même parler d'un double écho, l'un conforme à ce que Jean-Baptiste attendait et annonçait, l'autre plus surprenant.

En ce qui concerne l'écho conforme au jugement imminent que Jean annonçait, on peut penser à la colère de Jésus dans le temple, quand il renverse les tables des marchands et dénonce le commerce qui a transformé la maison de prière que devait être le temple en repaire de voleurs. Il y a dans ce coup de force de Jésus un accent prophétique dans la lignée de Malachie ou des autres prophètes de l'Ancien Testament, ou dans la lignée de Jean-Baptiste.

Mais après cette colère, Jésus ne va pas plus loin dans son coup de force. Il n'invite pas à la révolution ou la révolte. Il annonce certes la destruction du temple mais aussi sa reconstruction, en trois jours. Et c'est là que cela devient surprenant. Car il ne parle pas d'un temple fait de pierres mais du temple de son corps (Jean 2.19-21). Le culte pleinement rétabli le sera sans temple, ou plutôt à travers un autre temple, spirituel. Comme Jésus le disait à la femme Samaritaine qui lui demandait où il convenait d'adorer Dieu :
« L’heure vient, elle est là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; tels sont, en effet, les adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit et c’est pourquoi ceux qui l’adorent doivent adorer en esprit et en vérité. »
(Jean 4.23-24)

Alors, il n'y a plus de jugement ? Si, mais il est tombé sur Jésus, à notre place ! Une perspective que ni Jean-Baptiste ni Malachie n'avaient sans doute imaginée. Une perspective qui est devenue possible le jour de Noël, où le Fils de Dieu s'est fait homme. Jésus-Christ est notre paix, il est notre repos.

L'objectif de Dieu est toujours la restauration de la relation brisée. C'est vrai depuis la Genèse et c'est constamment rappelé par les prophètes. Le cœur de notre foi, en Jésus-Christ, c'est cette relation retrouvée avec Dieu. La mort et la résurrection de Jésus-Christ l'a rendue possible. Mais est-ce que nous en profitons vraiment ? Nous qui, si souvent, trouvons peu de temps pour prier et lire la Bible, nous qui ne mettons pas toujours les préoccupation spirituelles en priorité dans notre vie... Il ne s'agit pas de se culpabiliser mais de prendre à nouveau conscience du privilège que nous avons en Jésus-Christ. Et cela va bien au-delà d'un temple de pierre où l'on offre des sacrifices agréés par Dieu. Nous sommes aujourd'hui en communion directe avec Dieu, en Jésus-Christ et grâce à l'action en nous du Saint-Esprit !

Conclusion

En réalité, si Dieu se dit fatigué, c'est pour nous réveiller ! Il faut dire que nous sommes doués pour mettre à l'épreuve sa patience...

Les messagers qui préparent la voie du Seigneur, comme Malachie ou Jean-Baptiste, sont là pour mettre le doigt sur nos incohérences, pour que nous puissions vivre pleinement une relation restaurée avec Dieu.

Et le temps de l'Avent, où nous nous préparons à accueillir le Christ, est particulièrement propice à cette démarche. C'est le moment où nous nous souvenons que Dieu lui-même a pris l'initiative de la réconciliation, en devenant l'un des nôtres. Son œuvre en Jésus-Christ, sa mort et sa résurrection, nous offre le vrai repos, celui de la paix avec Dieu.

Plus de fatigue, ni pour nous, ni pour Dieu ! Mais le repos d'une communion retrouvée, d'une relation toujours à approfondir. Voilà la bonne nouvelle du salut en Jésus-Christ !

dimanche 4 décembre 2016

L'attente d'un Roi

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Psaume 2 (NBS)
1 Pourquoi les nations s'agitent-elles ? Pourquoi les peuples grondent-ils en vain ?
2 Les rois de la terre se postent, les princes se liguent ensemble contre le SEIGNEUR et contre l'homme qui a reçu son onction :
3 Brisons leurs liens, secouons leurs chaînes !
4 Il rit, celui qui habite le ciel, le Seigneur se moque d'eux.
5 Il leur parle dans sa colère, dans sa fureur il les épouvante :
6 C'est moi qui ai investi mon roi sur Sion, ma montagne sacrée !
7 Je vais proclamer le décret du SEIGNEUR ; il m'a dit : Tu es mon fils ! C'est moi qui t'ai engendré aujourd'hui.
8 Demande-moi et je te donnerai les nations comme patrimoine, comme propriété les extrémités de la terre ;
9 tu les briseras avec un sceptre de fer. Comme une poterie tu les mettras en pièces.
10 Et maintenant, rois, ayez du bon sens ! Recevez l'instruction, juges de la terre !
11 Servez le SEIGNEUR avec crainte, soyez dans l'allégresse en frissonnant.
12 Embrassez le fils, de peur qu'il ne se mette en colère et que vous ne disparaissiez en chemin ; car sa colère s'enflamme vite.Heureux tous ceux qui trouvent en lui un abri !


Pourquoi lire ce psaume dans ce temps de l'Avent ? Parce qu'il est messianique ! Autrement dit, il oriente nos regards vers le Messie, Celui que Dieu aura choisi pour accomplir son dessein.

D'ailleurs, le mot « messie » est utilisé au verset 2. « Celui qui a reçut l'onction », c'est le mot hébreu que l'on transcrit en français par « messie ». L'onction d'huile était le signe du choix et de la consécration de Dieu. Elle était notamment appliquée au roi au moment de son sacre.

Au premier abord, le Psaume peut donc être compris dans le contexte du peuple d'Israël. Son point culminant, le verset 7, « Tu es mon fils ! C'est moi qui t'ai engendré aujourd'hui », est alors compris comme l'affirmation du choix de Dieu, de son « adoption » du roi comme son propre fils, lui conférant son autorité. Mais on perçoit une portée plus large, une dimension universelle, qui déborde le cadre du peuple d'Israël et pointe vers un accomplissement futur.

Et, comme par hasard (!), le verset 7 est justement l'un des versets de l'Ancien Testament les plus cités dans le Nouveau Testament, en lien avec des épisodes clés de la vie de Jésus.

On en trouve un écho claire au moment du baptême de Jésus, lorsque la voix de Dieu retentit du ciel : « Tu es mon fils bien-aimé ; c'est en toi que j'ai pris plaisir ». Il y a bien dans ces paroles un écho au psaume 2. Et même, dans la version de Luc (Luc 3.22), plusieurs manuscrits ont en lieu et place de ces paroles le verset du psaume 2 : « Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré. » C'est d'ailleurs la variante que retient la version de la TOB.

Dans son discours à Antioche de Pisidie, l'apôtre Paul cite explicitement notre psaume, en l'appliquant à la résurrection de Jésus :

« Nous aussi, nous vous annonçons cette bonne nouvelle : la promesse faite aux pères, Dieu l’a pleinement accomplie à l’égard de nous, leurs enfants, quand il a ressuscité Jésus, comme il est écrit au psaume second : Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » (Actes 13.32-33)

Enfin, dans l'épître aux Hébreux, le verset est cité deux fois, en lien avec l'Ascension du Christ :

« Ce Fils, qui est le rayonnement de sa gloire et l'expression de sa réalité même, soutient tout par sa parole puissante ; après avoir fait la purification des péchés, il s'est assis à la droite de la majesté dans les hauteurs, devenu d'autant supérieur aux anges qu'il a hérité un nom plus remarquable que le leur. Auquel des anges, en effet, Dieu a-t-il jamais dit : Tu es mon Fils, c'est moi qui t'ai engendré aujourd'hui.. » (Hb 1.3-5a)

De même, lorsqu'il est question du Christ comme du Grand Prêtre de la nouvelle alliance :

« De même, le Christ ne s'est pas octroyé à lui-même la gloire de devenir grand prêtre ; il l'a reçue de celui qui lui a dit : Tu es mon fils, c'est moi qui t'ai engendré aujourd'hui. » (Hb 5.5)

Les auteurs du Nouveau Testament ont donc vu dans ce psaume, et en particulier ce verset 7, une dimension messianique évidente, l'appliquant à trois événements clés de la vie de Jésus : son baptême, sa résurrection et son ascension.

Le psaume 2 exprime quelque chose de l'attente messianique, qui s'accomplira en Jésus-Christ. L'attente d'un roi dont le royaume aura une domination universelle. Un roi qui finit par se confondre avec le Seigneur lui-même. Et ce psaume l'exprime de façon très dynamique, mettant en scène Dieu et son Messie d'un côté, et les nations de l'autre, le psalmiste jouant le rôle d'arbitre. Il y a d'un côté l'hostilité des peuples, de l'autre, la réaction surprenante de Dieu.


Hostiles à Dieu

Le Psaume s'ouvre avec les nations qui s'agitent et qui affirment leur hostilité face au Seigneur et son messie : « Brisons leurs liens, secouons leurs chaînes ! »

Bien-sûr, dans le contexte du Psaume, il y avait des conflits militaires entre les peuples. Le Seigneur était perçu comme le Dieu d'Israël. Les peuples voisins, s'ils étaient ennemis d'Israël, étaient aussi ennemis du Dieu d'Israël. Mais si on place ce psaume dans sa perspective messianique, l'hostilité des peuples prend une autre dimension.

Il est alors intéressant de noter combien l'hostilité au Messie est un thème central des évangiles. Jean, dans son prologue, parle du Christ comme de la lumière venue dans nos ténèbres mais qui n'a pas été accueillie, Marie et Joseph ne trouvent pas de place pour les accueillir et Jésus naîtra dans une étable, Hérode ordonne de tuer les petits enfants Juifs après la visite des mages d'Orient, les chefs religieux s'opposent à Jésus au cours de son ministère et manipulent les foules pour le faire crucifier. Cette hostilité s'est transférée, dans le livre des Actes des apôtres, aux disciples du Christ, la première Église persécutée par les responsables religieux Juifs, puis par les autorités romaines. On en a aussi les échos dans les épîtres du Nouveau Testament. Elle est enfin au cœur de l'Apocalypse, cette révélation de Dieu sur les enjeux spirituels de l'histoire, jusqu'à son achèvement.

Le Messie, qui pourtant apporte le salut et la libération, est source d'hostilité. « Brisons leurs liens, secouons leurs chaînes. » Dit-on autre chose aujourd'hui quand on veut évacuer Dieu de la place publique ? Quand toute référence à Dieu, la foi, la religion, est perçue comme rétrograde, suspecte, voire dangereuse ?

Mais pourquoi le message libérateur de l’Évangile est-il si souvent perçu comme une entrave ?

Peut-être, en partie, parce que trop souvent l'image de la vie de disciple du Christ que renvoient les chrétiens donne l'impression d'une vie faite de contraintes et d'interdits. Comme si on avait oublié que le message de l’Évangile du Christ est avant tout un message de libération !

Mais sans doute aussi parce qu'il y a profondément ancré en tout homme cette prétention à l'autonomie devant Dieu. Le mensonge du Serpent de la Genèse résonne encore : « Vous ne mourrez pas ! Vous deviendrez comme Dieu ». Toute foi, toute confiance placée en Dieu est perçue comme une aliénation. « Je suis mon propre Dieu et je gère ma vie comme je l'entends ! »

C'est d'ailleurs à cette prétention que Dieu répond dans ce psaume. D'une façon plutôt étonnante...


Dieu réagit

En effet, quelle est la réaction de Dieu? Il rit et se met en colère ! Bien-sûr, c'est un langage anthropomorphique : on projette sur Dieu nos comportements humains. Il n'empêche... Dire de Dieu qu'il rit et se met en colère, c'est  vraiment surprenant ! Surtout que le rire ici n'est pas un rire de joie mais un rire moqueur !

Le rire de Dieu

Toute cette agitation contre lui, ces attaques, ces moqueries... Rien de tout cela n'atteint Dieu ! Comme si ça pouvait être une menace pour lui... Il en rit ! On n'a pas l'habitude de se représenter Dieu en train de rire. Et pourtant...

Et allez savoir s'il n'y a pas aussi, dans ce rire de Dieu, l'expression de son humour ? Car n'y a-t-il pas de l'humour dans ce Dieu qui prend les hommes à rebrousse-poil ? Y compris dans la façon dont il accomplira son plan de salut... Voyez à Noël : les mages et les sages cherchent le Messie dans un palais ; il est dans une étable. Voyez le modèle de foi que Jésus prend pour son Royaume : les petits enfants... Et que dit-il des chefs religieux ? Ils seront devancés dans le Royaume de Dieu par les péagers et les prostituées. Un humour grinçant... que l'on retrouve dans ce refrain des évangiles : « Les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers ».

Oui, il y a de quoi rire devant la prétention et l'orgueil des peuples, la suffisance des sages et des grands de ce monde qui pensent pouvoir s'opposer à Dieu, se passer de lui ! Il y a de quoi sourire quand on considère que le chemin choisi par Dieu pour nous sauver de notre orgueil et nos suffisances, c'est l'humble venue du Fils de Dieu en tant que serviteur, homme parmi les hommes, souffrant jusqu'à la mort. L'exact opposé de l'orgueil des hommes voulant prendre la place de Dieu... c'est Dieu qui a pris notre place !

La colère de Dieu

L'autre réaction de Dieu, immédiatement associée au rire du verset 4, c'est la colère du verset 5. Si les attaques des humains ne l'atteignent pas, ne le mettent pas en danger, ça ne signifie pas autant que leur rébellion ne le touche pas. L'aveuglement des hommes, leur orgueil, les emmène sur un chemin de perdition. L'enjeu est vital. Et il faut taper du poing sur la table pour qu'ils le réalisent. C'est ce que faisaient constamment les prophètes dans l'Ancien Testament... Ce psaume 2 a aussi cette dimension prophétique.

Mais la colère de Dieu a un but : ramener chacun à une juste attitude devant Dieu. A la fin du psaume, l'appel adressé aux rois les invite à servir le Seigneur avec crainte, et à être dans l'allégresse... en tremblant ! La crainte dont il est question ici n'empêche donc pas d'être dans la joie. Et le psaume se termine par une béatitude : « Heureux tous ceux qui trouvent en lui un abri ! »

En réalité, le rire et la colère de Dieu poursuivent le même objectif : nous faire descendre de notre piédestal, rabaisser notre orgueil et nos prétentions. Bref, nous remettre à notre juste place. Et trouver en Dieu un abri.


Conclusion

L'accomplissement ultime de la perspective messianique de ce psaume, on la trouvera en Jésus-Christ, à travers un plan surprenant que l'orgueil des hommes ne pouvait même pas imaginer.

Pour nous faire descendre de notre piédestal, le Fils de Dieu a quitté la gloire du Ciel pour nous rejoindre dans notre humanité. Pour nous ramener à notre juste place, Dieu a pris notre place. Il s'est fait homme, il est mort pour nous.

Le Roi annoncé par ce psaume s'est fait serviteur, il a partagé notre humanité. Son Royaume est ouvert à ceux qui savent devenir comme des petits enfants. Alors si Dieu rit de notre orgueil et de nos prétentions, il se réjouit de notre humilité. Il l'a même partagée, en Jésus-Christ.

dimanche 20 novembre 2016

L’Évangile, tout simplement

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Romains 1.1-17
1Moi, Paul, serviteur du Christ Jésus, je vous écris. Dieu m'a appelé pour être apôtre et il m'a mis à part pour annoncer sa Bonne Nouvelle.
2Cette Bonne Nouvelle, Dieu l'a promise depuis longtemps, par ses prophètes, dans les Livres Saints. 3Elle parle de son Fils : Comme être humain, il est né dans la famille de David, son ancêtre. 4Par l'Esprit Saint, Dieu l'a établi dans sa puissance de Fils de Dieu, quand il l'a fait se lever de la mort. C'est Jésus-Christ, notre Seigneur. 5Par lui, j'ai reçu le don d'être apôtre, pour l'honneur du Christ, afin d'amener les gens de tous les peuples à croire en lui et à lui obéir. 6Vous aussi, vous faites partie de ces gens-là, puisque Jésus-Christ vous a appelés.
7Vous tous qui êtes à Rome, Dieu vous aime et il vous a appelés à vivre pour lui. Que Dieu notre Père et le Seigneur Jésus-Christ vous bénissent et vous donnent la paix !
8Tout d'abord, je remercie mon Dieu par Jésus-Christ pour vous tous, parce qu'on parle de votre foi dans le monde entier. 9Quand j'annonce la Bonne Nouvelle du Fils de Dieu, je sers Dieu de tout mon cœur. Et lui, il sait que je dis la vérité : quand je prie, je dis toujours vos noms, 10et je demande sans cesse de pouvoir aller chez vous, si Dieu le veut. 11Oui, j'ai très envie de vous voir pour partager avec vous les dons de l'Esprit Saint, alors vous serez plus forts. 12Ou plus exactement, quand je serai auprès de vous, la foi que nous avons, vous et moi, nous encouragera tous.
13Frères et sœurs chrétiens, je ne veux pas que vous ignoriez ceci : j'ai eu plusieurs fois l'intention d'aller chez vous, mais jusqu'à maintenant, je n'ai pas pu le faire. J'espérais obtenir de bons résultats, chez vous comme dans les autres pays. 14Je dois m'occuper de tous, des gens civilisés et de ceux qui ne le sont pas, des gens instruits et des ignorants. 15Je désire donc vivement vous annoncer la Bonne Nouvelle, à vous aussi qui habitez à Rome.
16Je n'ai pas honte d'annoncer la Bonne Nouvelle. Elle est la puissance de Dieu pour sauver tous ceux qui croient : les Juifs d'abord, les autres ensuite. 17En effet, la Bonne Nouvelle montre ceci : Dieu reconnaît les êtres humains comme justes quand ils croient en lui, et cette foi suffit. Oui, dans les Livres Saints, on lit : « Celui qui croit en Dieu est juste, et ainsi, il aura la vie. »


A l'heure de la communication par mail ou SMS, une telle entrée en matière impressionne ! Et même au temps où vous écriviez des lettres, je ne pense pas que vous les commenciez de la sorte... Il faut dire qu'elle donne le ton de toute l'épître, sans doute la plus dense du Nouveau Testament. Elle contient en germe tout le développement théologique qui va suivre.

Mais en réalité, le cœur du message de l'épître est simple, et il apparaît déjà dans cette introduction. Le cœur du message, c'est l’Évangile, la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Tout simplement.


L’Évangile, c'est Jésus-Christ !

Il faut savoir que les versets 1-7, en grec, sont une seule et longue phrase. L'apôtre Paul est coutumier du fait. C'est un enchaînement de phrases relatives qu'on est obligé de traduire par plusieurs phrases séparées en français. Mais elle est structurée de telle façon qu'au centre de cet enchevêtrement de phrases se trouve une affirmation : « Jésus-Christ notre Seigneur ».

Autrement dit, si on condensait au maximum cette introduction pour faire ressortir son idée centrale, pour Paul, l’Évangile, c'est Jésus-Christ. Et rien d'autre. Comme il le dira d'ailleurs aux Corinthiens :

« Je suis venu chez vous pour vous annoncer le projet caché de Dieu. Mais je ne l'ai pas fait avec des paroles compliquées ni avec des connaissances extraordinaires. En effet, au milieu de vous, je n'ai rien voulu savoir, sinon Jésus-Christ, et Jésus-Christ cloué sur une croix. » (1 Co 2.1-2)

L’Évangile n'est pas un code de morale ou un ensemble de valeurs. Ce n'est même pas un corpus doctrinal. L’Évangile, c'est la personne et l’œuvre de Jésus-Christ. Une Bonne Nouvelle qui s'est incarnée dans l'histoire : Jésus a été annoncé par les prophètes, il est né issu de la famille de David. Mais elle bouleverse aussi l'histoire : Jésus est mort et ressuscité, proclamé Fils de Dieu.

J'ai l'impression que dans nos traditions évangéliques, on a eu tendance à avoir de l’Évangile une définition assez doctrinale, presque abstraite (les 4 lois spirituelles), dans laquelle on veut tout intégrer : le péché, la prédestination, la Trinité, voire même le millénium ! On y a parfois aussi ajouté certains impératifs moraux ou des valeurs indissociables : l’Évangile, c'est Jésus-Christ et tel changement de comportement, telle valeur, etc...

Tout cela est intéressant... mais est-ce qu'on ne risque pas de perdre de vue ce qui est le cœur de l’Évangile ? N'est-il pas salutaire de revenir à cette définition la plus sobre possible : l’Évangile, c'est Jésus-Christ. Car cela a des implications pratiques...

Si l’Évangile, c'est Jésus-Christ, alors accueillir l’Évangile, ce n'est pas adopter des valeurs, se conformer à une éthique ou adhérer à une confession de foi doctrinale. Accueillir l’Évangile, c'est rencontrer le Christ. Bien-sûr que cette rencontre aura des conséquences éthiques et théologiques, qu'elle va changer notre vie, notre vision de Dieu, du monde et de nous-mêmes. Mais tout cela sera une conséquence de la rencontre première avec le Christ.

Si l’Évangile, c'est Jésus-Christ, alors proclamer l’Évangile, c'est être témoin de Jésus-Christ. C'est raconter le Christ. C'est bien ce que font les quatre évangiles ! Ne sommes-nous pas appelés à faire de même dans notre témoignage personnel ? En le faisant, du coup, de manière personnalisée. Raconter le Christ qui nous est révélé dans la Bible et raconter le Christ dans ma vie.

Si l’Évangile, c'est Jésus-Christ, alors être fidèle à l’Évangile, c'est être fidèle au Christ. Il ne s'agit pas d'être les promoteurs de valeurs chrétiennes ou de comportements moraux évangéliques. Notre tâche première n'est pas d'être les défenseurs de la saine doctrine. Notre responsabilité première est d'être attaché au Christ et à son exemple. C'est là que se révèle la puissance de l’Évangile.

Car comment un code de morale ou un corpus doctrinal pourrait-il être une puissance de Dieu ? C'est Jésus-Christ, mort et ressuscité, qui est puissance de Dieu. La puissance qui a ressuscité le Christ d'entre les morts, c'est aussi celle qui est à l’œuvre dans notre vie.

L’Évangile, c'est Jésus-Christ. Tout simplement.


L’Évangile, c'est pour tous !

Une autre affirmation fondamentale sur l’Évangile, au cœur de cette introduction, c'est son caractère universel. L’Évangile, c'est pour tous !

C'est particulièrement pertinent dans le contexte de l'épître aux Romains où Paul travaille à l'unité de l’Église face aux difficulté de la cohabitation entre chrétiens d'origine juive et chrétiens d'origine païenne. C'est au cœur de toute sa démonstration tout au long de l'épître et dès cette introduction.

Paul parle ici de l’Évangile comme d'une puissance pour sauver « tous ceux qui croient ». Et il décrit son ministère d'apôtre comme universel : « Je dois m'occuper de tous, des gens civilisés et de ceux qui ne le sont pas, des gens instruits et des ignorants. » Parce que l’Évangile n'est pas réservé à une élite, à quelques privilégiés ou une poignée d'élus.

En fait, si l’Évangile n'est pas pour tous, alors ce n'est pas l’Évangile du tout !

Cette puissance de Dieu, « pour les Juifs d'abord, les autres ensuite », c'est celle de la mort et la résurrection du Christ. Et l'accès à cette puissance est la même pour tous, Juifs ou non-Juifs : la foi. «  Dieu reconnaît les êtres humains comme justes quand ils croient en lui, et cette foi suffit ». Dieu nous déclare juste en vertu du Christ. Nous recevons sa justice, et nous sommes pardonnés. Et c'est la même chose pour tous ceux qui croient, qu'ils soient Juifs et païens, instruits ou ignorants, riches ou pauvres...

Cette universalité de l’Évangile nous interroge toujours sur le regard que nous portons sur notre prochain. Chaque être humain sur cette terre, quel qu'il soit, quoi qu'il ait fait, est un être que Dieu veut sauver, un pécheur perdu pour lequel Jésus-Christ a donné sa vie. Je ne suis pas sûr que nous ayons vraiment le même regard sur tous nos contemporains...

A cet égard, j'aime beaucoup le livre de Jonas et son humour piquant, véritable pépite de l'Ancien Testament. C'est l'histoire d'un prophète qui refuse d'aller en Assyrie, chez l'ennemi, pour annoncer la destruction de Ninive de peur que ses habitants se repentent et que Dieu les épargne... et qui se met à bouder lorsque, justement, ça arrive ! Non sans humour, ce texte pointe du doigt notre difficulté, parfois, à accepter la grâce pour les autres. Pour ceux qui, nous le pensons, ne la mérite pas... oubliant que nous ne la méritons pas plus qu'eux !

Du coup, dire que l’Évangile est pour tous, c'est aussi dire qu'il est encore pour nous aussi. Il est pour tous, et toujours. Pour moi aujourd'hui encore. Sinon, c'est comme si on disait : l’Évangile, c'est pour la conversion. Après, on passe à autre chose, on va plus loin. Ca n'a pas de sens. C'est en Christ que se révèle toute la plénitude de Dieu, c'est par lui que s'accomplit tout le projet de Dieu. Que rechercher d'autre ?

Il est d'ailleurs intéressant de noter comment Paul expose ses projets de voyage à Rome. On le sent motivé, enthousiaste à l'idée d'aller les rencontrer. Dans quel but ? Pour leur annoncer l’Évangile. Pourtant, il écrit à des chrétiens... Ils ont déjà reçu l’Évangile. Mais celui qui a déjà reçu l’Évangile doit le recevoir encore. La rencontre avec le Christ est toujours à renouveler, notre relation à entretenir. L'histoire du Christ doit sans cesse nous rejoindre dans notre histoire.

L’Évangile, c'est pour tous, et pour tous les jours de ma vie !


Conclusion

L’Évangile, c'est Jésus-Christ. Tout simplement. Il est notre Seigneur, notre sauveur. Il est notre justice. Il est notre espérance. Il est le chemin, la vérité et la vie.

Pourquoi voudrions-nous y ajouter quoi que ce soit ?

Alors proclamons Jésus-Christ : racontons son histoire, son enseignement, son œuvre. Témoignons de son histoire dans notre vie. Attachons-nous à lui : rencontrons-le par la foi, et approfondissons notre relation à lui chaque jour.

C'est lui qui est la puissance de Dieu pour le salut de tous ceux qui croient !

dimanche 30 octobre 2016

Gérer sa vie

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Lecture biblique : Jacques 4.13-5.6
13Maintenant, faites attention, vous qui dites : « Aujourd'hui ou demain, nous irons dans cette ville, nous resterons là-bas une année. Nous ferons du commerce, nous gagnerons de l'argent. » 14Pourtant, vous ne savez même pas comment vous vivrez demain. Oui, vous êtes comme un petit nuage qui est là quelques instants et qu'on ne voit plus ensuite. 15Au contraire, vous devez dire : « Si le Seigneur le veut, nous vivrons, et nous ferons ceci ou bien cela. » 16Mais non ! Vous vous vantez avec des paroles pleines d'orgueil. Se vanter de cette façon, c'est mauvais ! 17Celui qui sait faire le bien et ne le fait pas, se rend coupable d'un péché.
1Maintenant, faites attention, vous, les riches ! Pleurez ! Criez à cause des malheurs qui vont venir sur vous ! 2Votre richesse est pourrie, les vers mangent vos vêtements ! 3Votre or et votre argent rouillent, et leur rouille va vous accuser, elle va dévorer votre corps comme un feu. Le monde va bientôt finir, pourtant vous conservez des richesses en réserve ! 4Et même, vous gardez pour vous le salaire des ouvriers qui font la récolte dans vos champs ! Alors ils se plaignent, et les cris de ces ouvriers arrivent aux oreilles de Dieu, le Seigneur tout-puissant ! 5Sur la terre, vous avez vécu au milieu des richesses, vous avez fait ce qui vous plaisait. Vous avez bien mangé pendant que des gens mouraient. 6Vous avez condamné les innocents et vous les avez tués. Ils ne vous ont pas résisté.

Sur Internet, dans les magazines, à la télévision ou la radio... partout on nous donne des conseils pour gérer notre vie. Les 10 conseils pour prendre sa vie en main, les 7 astuces pour gérer ses économies, les 4 principes pour booster sa carrière professionnelle, etc.

On nous propose partout des coachs pour notre développement personnel, des offres incontournables pour une assurance vie, des manuels pratiques pour réussir sa vie... Bref, nous apprendre à gérer notre vie est aujourd'hui un business qui rapporte !

Tout cela n'existait pas au temps de l'épître de Jacques... Mais n'est-ce pas un peu les mêmes questions qui sont posées dans ce texte ? Comment gérer sa vie ? Quels projets bâtir ? Quelles assurances se donner ?

Jacques y répond, comme à son habitude, d'une façon directe voire provocatrice...


Des sécurités illusoires

On pourrait dire qu'il pousse un double coup de gueule ! Les deux paragraphes de son propos sont introduits par la même formule d'interpellation (4.13, 5.1), qu'on pourrait traduire : « A vous, maintenant ! ». Jacques vise spécialement deux types de comportements qu'il veut condamner avec vigueur, et qui devaient être particulièrement présent parmi ses lecteurs.

Il dénonce deux sécurités illusoires. Dans le premier paragraphe, celle des projets (trop) bien ficelés et dans le deuxième paragraphe, celle des richesses amassées. L'idée commune à ce passage est celle-ci : nos projets et nos richesses sont des illusions quand ils deviennent notre sécurité. C'est même une manifestation d'orgueil spirituel : soit parce qu'on pense être seul maître de son destin, soit parce qu'on pense pouvoir se mettre à l'abri grâce à ses biens matériels.

Or, Jacques remet ceux qui tiennent de tels raisonnements à leur place :
Vous pensez être maître de votre destin ? Eh bien, aussi riche et ambitieux que vous soyez, vous n'êtes guère plus, à l'échelle de l'histoire, qu'un petit nuage qui s'évapore.
Vous pensez vous garantir un avenir radieux par les richesses que vous amassez ? Vos richesses sont éphémères, elles pourrissent et elles rouillent. Le monde va disparaître, et pourtant vous amassez les richesses alors que vous ne les emporterez pas dans la tombe...

Plus grave encore, ces sécurités illusoires leur font oublier les autres, elles les enferment dans leur égoïsme. Les ouvriers ne sont pas payés (v.4), des innocents sont condamnés et meurent (v.6).

La leçon est celle-ci : quand le but de sa vie est de se construire un petit monde sécurisé, on s'enferme dans son égoïsme. L'avertissement est valable pour chacun. S'ouvrir à l'autre, l'accueillir, l'aimer, tout simplement, comme nous y invite le Seigneur, ça peut mettre en danger notre confort et notre sécurité. Quand ma sécurité est ma préoccupation première, je ne suis pas sûr que l'amour du prochain ait beaucoup de place...

Notez d'ailleurs que ce qui est vrai à l'échelle individuel reste pertinent à l'échelle d'un peuple ou d'un pays. Quand le souci premier est la sécurité, alors les peurs de l'autre grandissent, on est dans le repli, on construit des barrières et des murs, on préfère la méfiance et la suspicion à l'accueil et l'hospitalité. Toute ressemblance avec ce qui se passe aujourd'hui en Europe n'est pas fortuite... Dans une société, quand la sécurité est érigée en valeur suprême, je ne suis pas sûr que la liberté, l'égalité et la fraternité y résistent longtemps...


Dieu voulant... 

Face à ces sécurités illusoires, et notamment celle de nos projets, Jacques fait une préconisation : « Vous devez dire : 'Si le Seigneur le veut, nous vivrons, et nous ferons ceci ou bien cela.' » (v.15)

Ce verset biblique a donné naissance à une formule utilisée, parfois un peu à tout-va chez les chrétiens : « Dieu voulant ». J'ai même déjà vu écrit simplement DV pour le signifier... c'est dire qu'elle est bien connue ! Si je n'ai rien contre l'usage de cette formule, comme précaution de langage, je me méfie un peu de l'usage systématique. Le Dieu voulant devenant un peu le Inch Allah évangélique !

Du coup, je me permets une petite parenthèse sur ce qu'on pourrait appeler les « formules magiques » évangéliques. Ces formules sont, à la base, bibliques. Il n'y a donc pas lieu de les proscrire. Mais attention à l'usage quasi magique qui peut en être fait. Comme s'il ne fallait pas bâtir le moindre projet sans, explicitement, dire « Dieu voulant ». Comme si on ne devait pas prononcer une seule prière, surtout d'intercession, sans la conclure par la formule « au nom de Jésus » (et si on peut répéter la formule au cours de la prière, c'est plus efficace). Comme si le secret de la plénitude dans la louange, c'est de dire Alléluia comme un mantra ! Et si on arrive à placer d'autres mots en hébreu, voire en araméen, c'est encore mieux (même si on ne connaît pas trop leur signification...) : Maranatha, Hosanna, Abba...

Mais revenons à notre épître de Jacques. Derrière la formule, il y a la reconnaissance de notre dépendance de Dieu. Jacques veut nous situer à notre juste place ici-bas, que nous soyons lucides quant à notre condition humaine. Non, nous ne sommes pas maîtres de notre destin, même si nous sommes responsables de nos choix et de nos projets !

Bien gérer sa vie, devant Dieu, c'est subordonner tous ses projets à la volonté de Dieu. Non pas s'attendre à ce que la feuille de route nous tombe comme par magie du ciel et que nous n'ayons plus qu'à la suivre, sans réfléchir. Mais, dans tout ce que nous faisons, dans tous nos projets restons attentifs à la voix de Dieu. Restons sensibles à sa main qui pourrait nous conduire ailleurs que ce que nous avions prévu.

« Si le Seigneur le veut, nous vivrons, et nous ferons ceci ou bien cela. »


Laisser de la place à l'imprévu

Cela nous conduit à notre troisième point. Si nous ne sommes pas maîtres de notre destin et que Dieu, lui, est souverain, alors nous devons laisser de la place dans la gestion de notre vie, pour de l'imprévu.

Cela éclaire peut-être l'usage que fait Jaques d'une formule sans doute connue à son époque et que l'on retrouve au verset 17 : « Celui qui sait faire le bien et ne le fait pas, se rend coupable d'un péché. »

Certes, cette formule peut, simplement, accentuer l'importance de ce qu'il dit. « Maintenant, vous savez, et si vous n'agissez pas en conséquence, vous en serez responsable ». Mais ne peut-on pas y voir aussi, en lien avec le contexte, une invitation à saisir les occasions de faire le bien quand elle se présentent... y compris quand elles n'entrent pas dans les projets que nous avions prévus ?

On ne peut pas planifier à l'avance les occasions que nous aurons de faire le bien ! Dire « demain, nous ferons ceci ou cela » de façon absolue c'est s'interdire de faire autre chose si les circonstances le demandent. Des projets trop ficelés, qui ne laissent aucune place à l'improvisation et l'adaptation, peuvent empêcher de voir les occasions de faire le bien qui se présentent. Ne se préoccuper que de sa propre sécurité nous empêche de voir les occasions que Dieu met sur notre route.

Jacques ne nous invite-t-il pas à laisser de la place à l'imprévu dans nos vies ? Car notre imprévu, c'est peut-être le prévu de Dieu ! Et on risque de passer à côté parce que ce n'était pas dans le projet initial, parce que ça nous détourne de notre feuille de route, ou parce que ça met en péril ce que nous pensions construire pour notre avenir...

Si notre sécurité est dans nos projets ou dans nos richesses (quelles qu'elles soient), alors elle est illusoire. Mais si notre sécurité est en Dieu, le tout-puissant souverain, alors les imprévus de notre vie ne doivent pas nous faire peur. Avoir confiance en Dieu, c'est aussi accueillir l'imprévu comme une chance de découvrir des projets de Dieu surprenants, des découvertes étonnantes, des rencontres inattendues.


Conclusion

Gérer sa vie. C'est, indéniablement, un défi. Et je ne suis pas sûr que les multiples offres, conseils et astuces qu'on nous propose soient toujours de bon conseil.

L'erreur est de croire que Dieu ne serait qu'un spectateur de notre vie et que c'est à nous de tout planifier et de tout assurer. En réalité, ce que sous-entend Jacques, c'est qu'on ne peut pas gérer correctement sa vie sans laisser Dieu en prendre les rennes. Ca ne nous rend pas à notre tour spectateur de notre vie, nous en restons les acteurs... mais aux côtés de Dieu. Et il pourrait bien parfois nous emmener sur des chemins que nous n'avions pas prévus.

Du coup, je vous propose une autre formule en conclusion : Celui qui sait faire place à l'imprévu, dans la confiance en Dieu, se verra emmener sur des chemins de bénédictions qu'il n'avait pas prévu !