dimanche 18 septembre 2016

La dimension prophétique de l'accueil

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Jacques 2.1-13
1Mes frères et mes sœurs, vous croyez en Jésus-Christ, notre Seigneur plein de gloire. Alors ne faites pas de différence entre les gens. 
2Prenons un exemple : un homme vient là où vous êtes réunis. Il porte une bague en or et des habits très beaux. Un pauvre vient à la même réunion, il est mal habillé. 3Vous montrez plus de respect à l'homme qui porte les beaux habits et vous lui dites : « Vous, asseyez-vous ici, à cette bonne place ! » Au pauvre, vous dites : « Toi, reste debout ! » ou bien : « Assieds-toi là, par terre, à mes pieds ! » 4Quand vous agissez ainsi, est-ce que vous ne faites pas des différences entre vous ? Est-ce que vous ne jugez pas avec un cœur mauvais ?
5Écoutez, mes frères et mes sœurs très aimés ! Est-ce que Dieu ne choisit pas justement ceux qui sont pauvres aux yeux du monde ? Il veut les rendre riches en leur donnant la foi, il veut qu'ils reçoivent le Royaume promis à ceux qui ont de l'amour pour lui. 6Mais vous, vous méprisez les pauvres ! Pourtant, qui vous écrase ? Qui vous traîne devant les tribunaux ? Ce sont les riches, n'est-ce pas ? 7Ce sont les riches qui se moquent du beau nom que Dieu vous a donné.
8Les Livres Saints disent : « Aime ton prochain comme toi-même. » C'est la loi du Royaume, et si vous obéissez à cette règle, vous agissez bien. 9Mais si vous faites des différences entre les gens, vous péchez, et la loi de Moïse vous condamne parce que vous désobéissez. 10Oui, celui qui suit toute la loi, mais qui désobéit à un seul commandement est coupable envers toute la loi. 11En effet, Dieu a dit : « Ne commets pas d'adultère. » Mais il a dit aussi : « Ne tue personne. » Donc, par exemple, tu ne commets pas d'adultère, mais tu assassines quelqu'un. En faisant cela, tu désobéis à la loi. 12Parlez et vivez comme des gens qui vont être jugés par une loi qui rend libre. 13Oui, au moment du jugement, il n'y aura pas de pitié pour ceux qui n'ont pas eu pitié des autres. Mais même quand Dieu juge, il est plein de pitié.


Comment avez-vous été accueillis ce matin ? Peut-être particulièrement si vous êtes nouveaux... Et comment avez-vous accueilli les autres ? Avec quel regard, quelle parole, quel geste ?

Jacques, dans ce texte, part d'un cas concret d'accueil auquel il a peut-être assisté... et qui semble en tout cas entrer en échos avec la situation de l’Église à laquelle il écrit. Et ce n'est pas simplement une question de politesse ou de savoir-vivre. L'enjeu est bien spirituel et théologique. La gloire du Christ est en jeu !


Accueillir comme le Christ nous accueille

Le premier verset annonce le thème de cette section mais avec une formule qui n'est pas très facile à comprendre au premier abord :

« Mes frères et mes sœurs, vous croyez en Jésus-Christ, notre Seigneur plein de gloire. Alors ne faites pas de différence entre les gens. »

Quel est le rapport entre la gloire de Jésus et le fait de ne pas faire de différence entre les gens ? Dans le texte biblique original, en grec, les deux idées sont encore plus entremêlées, dans une seule phrase à la structure assez complexe. Mais la suite de l'argumentation nous aide à comprendre quel est l'enjeu. L'idée centrale semble bien être de souligner une inconséquence grave dans l’Église à laquelle Jacques écrit. Il y a une contradiction entre la gloire du Christ d'une part et l'honneur, ou la gloire, qui était donnée aux riches qu'on accueillait.

Or, le problème c'est que donner les places d'honneur aux riches et mépriser les pauvres, c'est agir à l'exact opposé de Dieu lui-même. Jacques le souligne dans son argumentation :

« Est-ce que Dieu ne choisit pas justement ceux qui sont pauvres aux yeux du monde ? Il veut les rendre riches en leur donnant la foi, il veut qu'ils reçoivent le Royaume promis à ceux qui ont de l'amour pour lui. » (v.5).

Cette idée était d'ailleurs déjà présente au premier chapitre : « Le chrétien qui est pauvre et petit peut être fier, parce que Dieu lui donne une place importante. Le chrétien qui est riche doit être fier, parce que Dieu le rend petit. » (Jacques 1.9-10a)

Or, l'attitude des chrétiens à qui Jacques écrit est exactement l'inverse. Ils honorent les riches et méprisent les pauvres. Il y a donc d'abord un problème théologique sérieux.

Il n'est pas impossible que les chrétiens destinataires de l'épître étaient marqués par une sorte de théologie de la prospérité avant l'heure, où la richesse en elle-même pouvait être perçue comme un signe de la bénédiction de Dieu. Du coup, les riches méritaient les places d'honneur. Mais là, on se retrouve aux antipodes de l'esprit du Royaume de Dieu pour lequel le modèle n'est pas le riche mais le pauvre, l'humble, le petit. C'est lui qu'il faudrait honorer !

Il y a donc un problème théologique mais aussi un problème simplement logique. Jacques le souligne non sans ironie : « Pourtant, qui vous écrase ? Qui vous traîne devant les tribunaux ? Ce sont les riches, n'est-ce pas ? » (v.6) Et en retour, on veut les honorer... Ca n'a pas de sens. Notez bien qu'ils voulaient peut-être ainsi essayer de s'attirer les bonnes grâces de ces riches. Mais alors à quel prix ! Surtout si, par la même occasion, ça les conduisait à mépriser ceux qui méritaient toute leur attention : les pauvres et les petits...

Bref, les destinataires de l'épître de Jacques ont vraiment tout faux ! Et ils méritent d'être sévèrement repris.


Accueillir de façon à aimer notre prochain 

A partir du verset 8, Jacques donne un autre argument, qui permet d'élargir le propos : le favoritisme transgresse la loi royale « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Cette loi est « royale » sans doute parce qu'elle concerne le Royaume de Dieu.

On pourrait d'ailleurs dire qu'il y a deux lois royales, l'une qui régit notre relation à Dieu et l'autre qui régit notre relation aux autres. C'est bien ce que Jésus voulait dire quand on l'a questionné pour savoir quel était le plus grand commandement et qu'il en a cité deux :

  • « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée ». C'est la loi royale qui oriente notre relation à Dieu. 
  • « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». C'est la loi royale qui oriente notre relation au autres. 


C'est cette deuxième loi royale qui est directement concernée par le propos de Jacques. Faire preuve de favoritisme, d'accueil partial, qui plus est basé sur des signes extérieurs de richesse, c'est contraire à l'amour du prochain. Soit parce qu'on se montre partial en faveur de quelqu'un parce qu'on peut en retirer un bénéfice. Ce n'est pas alors de l'amour, c'est du calcul... Soit parce qu'en favorisant l'un, pour quelque raison que ce soit, on défavorise l'autre !

On ne choisit pas son prochain ! On ne peut pas faire des catégories, avec d'un côté les bons prochains, aimables et honorables, et de l'autre les mauvais prochains, qu'on peut ignorer ou négliger. La preuve, Jésus est allé jusqu'à dire que nous devions aimer nos ennemis !

On déborde largement, ici, le cadre de l'accueil des riches et des pauvres. L'amour du prochain, qui régit nos relations selon le Royaume de Dieu, exclut toute forme de partialité ou de favoritisme. En parlant longuement de la loi, Jacques souligne qu'il ne s'agit pas là d'une simple opinion ou d'un choix optionnel mais bel et bien d'un chemin obligé pour le croyant. Certes, c'est une loi de liberté. Nous sommes libérés par le Christ, délivré du poids d'une loi qu'il faudrait accomplir pour mériter notre salut. C'est une loi de liberté... mais ça n'est est pas moins une loi ! C'est bien ce que Dieu attend de nous et nous aurons des comptes à lui rendre à ce sujet !


Et notre accueil ?

Si on réfléchit à la pertinence de ce texte pour nous aujourd'hui, il convient de nous interroger sur notre accueil, en particulier en tant qu'Eglise. Et je ne parle pas seulement de l'équipe d'accueil mais de chacun de nous, de notre regard, notre attitude, nos paroles. Il y a sans doute des formes actuelles de favoritismes, voire de discriminations, des mauvais réflexes qu'il convient de corriger.

Je ne suis pas sûr que ça se joue aujourd'hui, chez nous, entre ceux qui ont les signes apparents de richesse et ceux qui semblent pauvres ! Encore que... Mais réservons-nous vraiment un même accueil à un SDF qui entre avec son baluchon et ses habits sales, et à un jeune couple dynamique avec des enfants ? Et qu'en est-il pour un maghrébin, surtout s'il est barbu ? Et pour un couple d'homosexuels ?

Le Christ n'accueillait-il pas toutes et tous ? On le lui a reproché... Il accueillait la femme adultère, les collecteurs d'impôts, la femme atteinte d'une perte de sang depuis 12 ans et mise au banc de la société, les lépreux que tout le monde fuyait... Il n'accueillait pas seulement les « bons » prochains respectables, il accueillait le pécheurs et les gens de mauvaise vie. Et il n'hésitait pas à les honorer et pouvait même donner leur foi en exemple. N'a-t-il pas dit aux chefs religieux que les collecteurs d'impôts et les prostituées les devanceraient dans le Royaume de Dieu (Matthieu 21.31) ?


Conclusion

L'accueil dans l’Église n'est pas qu'une question de savoir-vivre. Il doit être comme un véritable geste prophétique : nous sommes appelés à accueillir comme le Christ nous a accueilli, d'un accueil qui témoigne de notre amour pour le prochain. Et ça doit rester vrai aujourd'hui, même avec la peur des attentats et la suspicion qu'elle entraîne.

L'accueil est notre responsabilité à tous et il commence dans le regard que nous portons les uns sur les autres. Et même si nous ne pouvons pas, comme Dieu seul le peut, regarder au cœur, ne tombons pas dans le piège des apparences. Cherchons à accueillir vraiment, sans a priori, avec les yeux de la foi, de l'espérance et de l'amour.

dimanche 4 septembre 2016

Attention c'est fragile !

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Lecture biblique : Psaume 90

1Prière, de Moïse, l’homme de Dieu.
Seigneur, d’âge en âge
tu as été notre abri.
2Avant que les montagnes naissent
et que tu enfantes la terre et le monde,
depuis toujours, pour toujours, tu es Dieu.
3Tu fais retourner l’homme à la poussière,
car tu as dit : « Fils d’Adam, retournez-y ! »
4Oui, mille ans, à tes yeux,
sont comme hier, un jour qui s’en va,
comme une heure de la nuit.
5Tu les balayes, pareils au sommeil,
qui, au matin, passe comme l’herbe ;
6elle fleurit le matin, puis elle passe ;
elle se fane sur le soir, elle est sèche.
7Oui, nous avons été achevés par ta colère,
épouvantés par ta fureur.
8Tu as placé nos fautes en ta présence,
nos secrets à la clarté de ta face.
9Oui, devant ta fureur s’effacent tous nos jours ;
le temps d’un soupir, nous avons achevé nos années :
10Soixante-dix ans, c’est parfois la durée de notre vie,
quatre-vingts, si elle est vigoureuse,
et son agitation n’est que peine et misère ;
c’est vite passé, et nous nous envolons.
11Qui peut connaître la force de ta colère ?
Plus on te craint, mieux on connaît ton courroux !
12Alors, apprends-nous à compter nos jours,
et nous obtiendrons la sagesse du cœur.
13Reviens, SEIGNEUR ! Jusqu’à quand ?
ravise-toi en faveur de tes serviteurs.
14Dès le matin, rassasie-nous de ta fidélité,
et nous crierons de joie nos jours durant.
15Rends-nous en joie tes jours de châtiment,
les années où nous avons vu le malheur.
16Que ton action soit visible pour tes serviteurs,
et ta splendeur pour leurs fils !
17Que la douceur du Seigneur notre Dieu soit sur nous !
Consolide pour nous l’œuvre de nos mains,
oui, consolide cette œuvre de nos mains.


En arrière-plan de ce psaume, il y a le récit d'Eden : « Fils d'Adam, retourne à la poussière ! » (v.3), échos de la fameuse parole de Dieu à Adam : « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière ». On y trouve du coup l'évocation de la mort, marque de notre faiblesse et de nos limites, celle d'une vie marquée par la peine, la souffrance, rappelant les paroles de jugement de Dieu contre Adam et Eve. Et la colère de Dieu, n'est-elle pas aussi celle qui s'est exprimée dans la jardin d'Eden avec la malédiction du serpent et l'expulsion d'Adam et Eve du jardin ?

Dans le récit d'Eden, l'enjeu était la place de l'homme devant Dieu. Créature dépendante de son Créateur, l'homme a voulu être autonome et décider seul ce qui est bien ou mal. La créature a voulu devenir comme Dieu... et c'est la raison de sa chute, de son retour à la poussière.

Du coup, ce psaume médite sur la condition humaine, marquée par la fragilité. Une méditation qui passe par tous les états : de la contemplation à la lamentation, de la supplication à la confiance.


1. L'homme est éphémère

L'homme est éphémère.... surtout quand il se place devant Dieu ! Car même si le psaume médite sur la condition humaine, il commence par évoquer Dieu. C'est un croyant qui s'exprime. Et pour le croyant, l'homme ne peut pas se définir sans référence à Dieu. Pour comprendre la créature, il faut parler du Créateur. Et quel Créateur ! En un seul verset, majestueux, le portrait est dressé :

Avant que les montagnes naissent
et que tu enfantes la terre et le monde,
depuis toujours, pour toujours, tu es Dieu. (v.2)

Dieu est éternel... ce qui nous rend encore plus éphémère. Le psaume parle d'une durée de vie de 70 ans, 80 pour les plus vigoureux... Même si on vit un peu plus longtemps aujourd'hui, qu'est-ce que ça change ? Une vie humaine, de l'ordre d'un siècle pour les plus endurants, qu'est-ce que c'est au regard de l'histoire de l'humanité ? Et encore plus au regard de l'histoire de l'univers ! Et Dieu est plus grand, et plus vieux, que l'Univers...

Selon les connaissances scientifiques actuelles, si l'on réduit l'histoire de l'univers à une année, avec le big bang à 0h le 1er janvier et aujourd'hui qui serait le 12e coup de minuit du 31 décembre, c'est tout à fait saisissant :

  • La Voie lactée, notre galaxie, apparaît fin janvier
  • La formation de la terre et de notre système solaire ne prend qu'une petite journée, le 31 août. 
  • Les premières traces de vie connues sur terre apparaissent le 16 septembre
  • Les premiers poissons arrivent le 19 décembre
  • Les mammifères et les dinosaures, dans la nuit du 25 au 26 décembre
  • Lucy, notre ancienne cousine australopithèque, née le 31 décembre vers 22h30
  • Les parois de la grotte de Lascaux sont peintes le 31 décembre à 23 h 59 et 26 secondes
  • Les pyramides de Cheops sont érigées au 6e coup de minuit le 31 décembre

(source : http://planet-terre.ens-lyon.fr/article/chronologie-terre.xml)

Avouez que face à cela, nous ne sommes qu'une infime poussière, des créatures bien éphémères...

Et Dieu, lui, est encore plus grand que toute cette année entière. Pour ma part, les découvertes scientifiques modernes sur l'origine et l'histoire de l'Univers me donnent une compréhension plus grande encore de l'immensité de Dieu. Et je comprends d'autant mieux ces paroles :

Oui, mille ans, à tes yeux,
sont comme hier, un jour qui s’en va,
comme une heure de la nuit.
Tu les balayes, pareils au sommeil,
qui, au matin, passe comme l’herbe ;
elle fleurit le matin, puis elle passe ;
elle se fane sur le soir, elle est sèche. (v.4-6)

Voilà qui est Dieu ! Et moi, simple poussière, que suis-je ? Ephémère...


2. L'homme est fragile

Plus encore qu'éphémère, l'homme est fragile. Sa vie n'est pas un long fleuve tranquille... Comme le dit le psalmiste :

Soixante-dix ans, c’est parfois la durée de notre vie,
quatre-vingts, si elle est vigoureuse,
et son agitation n’est que peine et misère ;
c’est vite passé, et nous nous envolons. (v.10)

Pour ce psaume, la raison pour laquelle cette vie est faite de peine et de misère, c'est la colère de Dieu ! La colère de Dieu, c'est sa réaction au péché, au mal qu'il ne peut en aucun cas tolérer. On pense bien-sûr au récit d'Eden où Dieu annonce, comme conséquence de leur désobéissance à Dieu, une vie marquée par la peine et la souffrance.

Non seulement l'homme est éphémère, la mort est le lot commun partagé par tous. Mais il est aussi fragile, la souffrance, sous toutes ses formes, vient le lui rappeler au quotidien. C'est ici que le Psaume se transforme en lamentation... Et s'il se terminait au verset 11, il serait bien déprimant !

Il y a tout de même une sagesse à retirer de cela. C'est le verset 12, qui pourrait sortir tout droit du livre de l'Ecclésiaste :

Alors, apprends-nous à compter nos jours,
et nous obtiendrons la sagesse du cœur.

Compter nos jours, c'est être conscient du caractère éphémère et fragile de notre vie. C'est une sagesse, qui nous prévient du piège de l'orgueil, cette ambition égocentrique et futile, qui pousse les uns ou les autres à rechercher, comme bien ultime, la gloire. Que ce soit chez les « grands » de ce monde qui veulent laisser une trace dans l'histoire, ou chez les candidats de téléréalité qui veulent devenir célèbre.


3. L'homme trouve la paix en Dieu

Après avoir contemplé Dieu, puis s'être lamenté de sa fragilité, le psalmiste se tourne à nouveau vers Dieu, à partir du verset 13. Il lui adresse une série de demandes, qui suivent une évolution intéressante à noter.

Il y a d'abord un appel au secours : « Reviens, SEIGNEUR ! Jusqu’à quand ? Ravise-toi en faveur de tes serviteurs. » (v.13) Puis un appel teinté d'espoir. Ah, si le Seigneur le voulait, il pourrait changer notre malheur en joie (v.14-15). Et puis les demandes s'apaisent, et prennent une tournure nouvelle, en appelant à la gloire de Dieu (v.16) et finissant même  par évoquer la douceur de Dieu : « Que la douceur du Seigneur notre Dieu soit sur nous ! » (v.17) On est bien loin de la colère de Dieu !

Le Psaume se termine même par une demande surprenante quand on considère le ton de presque tout ce qui a précédé : « Consolide pour nous l’œuvre de nos mains, oui, consolide cette œuvre de nos mains. » (v.17b). L'oeuvre de NOS mains ! Nous, si petits, si fragiles...

Pourtant, il n'y a aucun orgueil dans cette demande. Juste la confiance dans le fait que ce Dieu si grand, infini et éternel, s'intéresse aux petites poussières que nous sommes. C'était déjà présent au tout début du psaume :

Seigneur, d’âge en âge
tu as été notre abri. (v.1)

Et cela s'exprime dans cette ultime demande. L'oeuvre de nos mains n'est que du vent, une petite goutte d'eau. Mais si le Seigneur l'affermit, alors cette goutte d'eau trouvera sa place dans l'océan de son Royaume. Nos œuvres, notre vie aura un sens. Celui d'entrer dans les projets de Dieu, d'être associé à son œuvre.


Conclusion

Nous avons besoin de prendre conscience de la grandeur de Dieu pour réaliser ce que nous sommes. Et si nous comprenons combien nous sommes éphémères et fragiles, alors nous comprenons l'immensité de l'amour de Dieu.

Car, en Jésus-Christ, Dieu s'est fait poussière. Pour répondre à notre détresse, il est devenu un homme, comme nous. Et il est mort, pour nous. Mais, ressuscité, il nous assure que notre retour à la poussière n'est plus définitif. La puissance de la résurrection fait de nous des poussières d'éternité, dont les modestes œuvres ici-bas, affermies par Dieu, peuvent participer à l'oeuvre de son Royaume.

dimanche 21 août 2016

Entrer par la porte étroite

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Luc 13.22-30
22Jésus va dans les villes et les villages, et il enseigne. Il marche vers Jérusalem. 23Quelqu’un lui demande : « Seigneur, est-ce que Dieu va sauver seulement un petit nombre de gens ? » Jésus répond à tous : 24« Faites des efforts pour entrer par la porte étroite. Oui, je vous le dis, beaucoup de gens essaieront d’entrer et ils ne pourront pas.
25« Le moment viendra où le maître de maison se lèvera et il fermera la porte. Vous, vous serez dehors. Vous vous mettrez à frapper à la porte en disant : “Maître, ouvre-nous !”, mais il vous répondra : “Je ne sais pas qui vous êtes !” 26Alors vous lui direz : “Nous avons mangé et bu avec toi. Tu as enseigné dans les rues de nos villes.” 27Mais il vous dira encore : “Je ne sais pas qui vous êtes. Allez-vous-en loin de moi, vous tous qui faites le mal !” 28Alors vous pleurerez et vous grincerez des dents. En effet, vous verrez Abraham, Isaac et Jacob et tous les prophètes, dans le Royaume de Dieu. Mais vous, on vous mettra dehors ! 29Des gens viendront de l’est, de l’ouest, du nord et du sud. Ils prendront le grand repas dans le Royaume de Dieu. 30Maintenant, il y a des gens qui sont les derniers : ils seront les premiers. Maintenant, il y a des gens qui sont les premiers : ils seront derniers. »


Il y a des paroles de Jésus qui sont tout de suite réconfortantes et qu'on aime entendre :
« Venez à moi vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos »
« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre coeur ne se trouble pas... » 
« Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde »

Et il y a d'autres paroles, beaucoup moins agréables et qu'on aime peut-être moins entendre ... Comme dans notre texte : « Faites des efforts pour entrer par la porte étroite. Oui, je vous le dis, beaucoup de gens essaieront d’entrer et ils ne pourront pas. »


Des questions

Qui est donc cet homme qui pose la question à Jésus : « Seigneur, est-ce que Dieu va sauver seulement un petit nombre de gens ? » L'Evangile ne nous en dit rien, il reste anonyme. S'exprime-t-il en son nom propre ou est-il le porte-parole d'un groupe ? Est-il proche des chefs religieux et persuadé d'être parmi les quelques élus ? Il voudrait alors être conforté dans sa fierté d'en faire partie. Est-ce un disciple, inquiet de voir si peu de monde faire partie du cercle des disciples ?

En tout cas, ce n'est pas à un homme seul et anonyme que Jésus répond, il s'adresse à tous. Celui qui pose la question n'est pas le seul concerné par la réponse !

Qu'y a-t-il donc derrière sa question ? Le contexte peut peut-être nous aider. En effet, juste avant dans l’Évangile selon Luc, Jésus raconte deux paraboles qui nous parlent du Royaume de Dieu. Il est comparé à une petite graine de moutarde qui devient un arbuste abritant les oiseaux qui y font leur nid, et à un petit peu de levain qui finit par faire lever toute la pâte.

Si l'homme qui pose la question était un disciple de Jésus, il avait déjà sa réponse dans ces deux paraboles. Oui, ça commence tout petit (une graine de moutarde, un peu de levure) mais le Royaume de Dieu deviendra grand. Donc, si c'est un disciple, il a mal écouté ce que Jésus a déjà dit...

Par ailleurs, juste avant ces deux paraboles, on trouve le récit de la guérison, le jour du sabbat, d'une femme malade. Et on y voit un contraste saisissant entre la joie des foules témoins du miracle et la colère des chefs religieux parce que Jésus a, soi-disant, enfreint la loi sur le sabbat.

Si cet homme parle donc au nom des chefs religieux Juif, Jésus veut peut-être les interpeller : on peut passer à côté de la beauté et la grandeur du Royaume de Dieu... comme on peut, finalement, passer à côté du festin du Royaume.

Dans tous les cas, la question de cet homme trahit une mauvaise compréhension de l'enseignement de Jésus jusqu'ici. Et c'est pourquoi Jésus va répondre de façon surprenante, pour éveiller les consciences.

Au premier abord, on peut même avoir l'impression qu'il ne répond pas à la question qui lui est posée. Il aurait pu répondre en faisant référence à ses paraboles du Royaume pour encourager les quelques-uns qui le suivaient (et dont l'homme faisait peut-être partie) : oui, le Royaume de Dieu commence petit mais il deviendra grand ! Il aurait pu aussi dire que seul Dieu sait combien de personnes seront sauvées.

Jésus choisit plutôt d'interpeller ses auditeurs par une métaphore : efforcez-vous d'entrer par la porte étroite parce que tous n'y arriveront pas. Et il poursuit avec une parabole dans laquelle des gens qui se croyaient invités à un grand festin se retrouvent devant une porte fermée, le maître de maison prétendant même ne pas les connaître. Et leurs regrets seront d'autant plus grand qu'ils verront Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes être rejoints à table par des gens venus des quatre coins du monde... alors qu'eux resteront dehors.  

En bref, voici donc la réponse de Jésus : peu importe de savoir combien seront sauvés, la vraie question est : qu'en est-il de vous ? La question mérite d'être posée, parce qu'il pourrait bien y avoir des surprises. Des personnes qui pensent avoir leur place réservée seront exclues.

Retenons trois leçons à ces paroles de Jésus.


Prendre au sérieux l'avertissement 

La première leçon, c'est que l'avertissement doit être pris au sérieux. Même si ça ne nous plaît pas trop, il y a une réelle possibilité d'être « jeté dehors », exclu du festin. Ce n'est pas la seule fois où Jésus l'évoque dans son enseignement. Il y a bien-sûr, ici comme ailleurs, la perspective d'une invitation large, universelle, faisant venir des invités des quatre coins du monde. Mais il y a aussi la porte fermée, il y a aussi les pleurs et les grincements de dents.

L'Evangile est la bonne nouvelle du salut offert à tous. Mais c'est aussi le jugement de ceux qui refusent de croire. On est obligé de retirer de notre Bible un nombre non négligeable de versets pour le nier... Le message de l’Évangile, ce n'est pas « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » et le bon Dieu finira bien par sauver tout le monde. Le message de l’Évangile, c'est au contraire « personne il est beau, personne il est gentil » ! Nous sommes tous pécheurs, loin de Dieu et nous avons tous besoin de sa grâce. Il nous offre gratuitement le salut grâce à l'oeuvre accomplie par Jésus-Christ. Mais si nous le savons et que nous le rejetons, alors il pourrait bien y avoir des conséquences...

Bien-sûr, tout cela garde un mystère qui nous est inaccessible. Pour prolonger la parabole, seul le maître de maison sait qui il accueillera à sa table et nous devons nous garder de nous mettre à sa place. Et si Dieu décide au dernier jour de sauver tout le monde nous n'aurons rien à redire ! Mais il nous faut garder au moins la possibilité d'être exclu du festin si nous nous obstinons contre Dieu. Ça fait aussi partie du message de l’Évangile.


Se positionner personnellement

Cet avertissement, aussi sérieux soit-il, ne doit pas pour autant nous faire peur. Il ne doit pas nous faire douter de la bonté de Dieu et de son accueil, largement proclamé dans les Evangiles. Mais il doit nous faire prendre au sérieux le message de l’Évangile. Avec l’Évangile, il est bien question de vie et de mort. Ce n'est pas une simple question de croyance ou de religion, c'est une question de salut et d'éternité.

L'Evangile est certes une bonne nouvelle qui nous donne une espérance éternelle, mais ce n'est pas une bonne nouvelle au rabais. Elle a coûté le prix fort à Dieu, par la mort de son Fils Jésus-Christ. Elle attend de nous une réponse. Quand on comprend cela, on ne peut pas rester indifférent. La vie éternelle m'est offerte mais qu'est-ce que je fais de cette nouvelle ? Comment je me positionne personnellement ?

Ce n'est pas notre affaire de savoir qui sera sauvé, s'il y en aura peu ou beaucoup. Notre affaire, c'est de savoir où nous nous situons personnellement. L'Evangile est aussi, fondamentalement, un appel qui attend une réponse. C'est une bonne nouvelle qui vous concerne, chacun, personnellement. Une bonne nouvelle qui appelle une réponse personnelle. Sinon, elle restera sans effet pour nous...


Laisser l’Évangile nous bousculer

Derrière la question posée à Jésus, quel que soit celui qui l'a posée, il y a le piège d'un certain orgueil spirituel, celui de se croire hors d'atteinte, à l'abri, pour telle ou telle raison. Et la réponse de Jésus souligne que l’Évangile ne veut pas nous laisser nous reposer sur nos lauriers. Vous avez sans doute déjà vu cette vidéo qu'on voit régulièrement dans les bêtisiers où un cycliste, persuadé d'avoir gagné, lève les bras quelques mètres avant la ligne. Mais parce qu'il se croit déjà arrivé, il tombe... laissant la victoire à son poursuivant qui passe la ligne n'en croyant pas ses yeux.

« Que celui qui pense être debout prenne garde de tomber » (1 Corinthiens 10.12) N'est-ce pas, un peu, ce que Jésus dit ici ? Certains voudront entrer par la porte mais ne pourront pas. Certains croiront avoir une place réservée au festin mais resteront dehors. Des premiers seront les derniers, et des derniers seront les premiers.


Nous pouvons avoir une espérance certaine. Elle repose sur la grâce de Dieu et ses promesses. Mais si notre assurance repose sur d'autres bases, quelles qu'elles soient, notre piété, notre éducation, notre expérience... alors attention danger !

C'est pourquoi l’Évangile contient aussi des paroles d'avertissement. Il ne cesse de nous déstabiliser et de nous interpeller. Si l’Évangile ne nous bouscule plus, après 10 ans, 20 ans ou plus de vie chrétienne, nous pouvons nous inquiéter... Nous devons sans doute nous être endormis. Et là, la chute est assurée...


Conclusion

Il y a des paroles de Jésus qui sont moins agréables à entendre que d'autres... Il nous faut des paroles qui apaisent et encouragent. Mais il nous faut aussi des paroles qui réveillent et bousculent. C'est bien parce que si l’Évangile nous offre un salut gratuit et une espérance éternelle, il nous appelle aussi à un engagement personnel en retour.

La porte est étroite et le passage est long. C'est pourquoi nous devons persévérer dans nos efforts. Mais nous savons que, finalement, c'est la main de Dieu, dans sa grâce, qui nous saisira et nous fera entrer dans la salle du festin !

dimanche 14 août 2016

En paix avec tous les hommes

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Dimanche dernier, à partir du chapitre 5 de l'épître aux Romains, nous avons parlé de la paix que nous trouvons en Dieu grâce à l'oeuvre accomplie par Jésus-Christ. Son œuvre à la croix nous réconcilie avec Dieu et nous pouvons être remplis de la paix de Dieu, une paix qui nous rend plus fort face à l'épreuve.

Mais je ne peux pas dire : « Je suis en paix avec Dieu mais avec mon prochain, je m'en fiche ! » Si c'était implicite dans tous le développement théologique de l'apôtre Paul, ça devient explicite dans ses exhortations pratiques, comme dans le chapitre 12 de cette même épître aux Romains :

Romains 12.14-21
14Souhaitez du bien à ceux qui vous font souffrir, souhaitez du bien et non du mal. 15Soyez dans la joie avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. 16Soyez bien d'accord entre vous. Ne cherchez pas de grandes choses, mais laissez-vous attirer par ce qui est simple. Ne vous prenez pas pour des sages.
17Ne rendez à personne le mal pour le mal, cherchez à faire le bien devant tous. 18Autant que possible, si cela dépend de vous, vivez en paix avec tous. 19Amis très chers, ne vous vengez pas vous-mêmes, mais laissez la colère de Dieu agir. En effet, dans les Livres Saints, le Seigneur Dieu dit : « À moi la vengeance ! C'est moi qui donnerai à chacun ce qu'il mérite ! » 20Mais il dit aussi : « Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, s'il a soif, donne-lui à boire. Alors, si tu fais cela, c'est comme si tu mettais des charbons brûlants sur sa tête. » 21Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. 


Un impératif incontournable

« Autant que possible, si cela dépend de vous, vivez en paix avec tous. »

Dans un monde parfait, Paul aurait simplement dit : « Vivez en paix avec tous. » Mais on ne vit pas dans un monde parfait... et la paix dépend des deux parties (au moins) concernées. Du coup, l'apôtre est obligé de préciser : « autant que possible, si cela dépend de vous, vivez en paix avec tous ».

Ce n'est pas facile d'être en paix avec tous, d'avoir toujours des relations paisibles au travail, avec ses voisins, dans sa famille ou même dans l’Église. Pourtant, c'est bien une préoccupation que nous devons avoir. Et, même avec les précautions utilisées par Paul, ça reste un impératif : Soyez en paix avec tous !

Du coup, ça signifie aussi que Paul ne veut pas envisager que ses lecteurs puissent être à l'origine d'un conflit ou qu'ils puissent même entretenir un conflit ou refuser d'entrer dans une démarche de réconciliation.

On peut être en désaccord, on peut ne pas « avoir d'atome crochu » avec quelqu'un, on n'est pas obligé d'être les meilleurs amis de tout le monde... mais vivre en paix avec tous doit être un impératif pour celui qui a été réconcilié avec Dieu !


L'impératif est encore plus fort dans l’Église, entre chrétiens. Il n'y a peut-être pas de plus grand contre-témoignage qu'un conflit entretenu dans l’Église. Comment croire à la réconciliation avec Dieu que nous proclamons si nous sommes incapables de vivre en paix les uns avec les autres ? La question se pose aussi dans les relations entre Églises où les divisions, parfois amères ou vives, sont un contre-témoignage de l’Église de Jésus-Christ.

Mais l'impératif ne compte pas seulement entre chrétiens. Ça commence bien là, sans doute. « Soyez en paix avec tous » concerne aussi la paix dans nos familles, nos relations d'étude ou de travail, de voisinage, etc...

Vous me direz que c'est facile à dire... C'est vrai. Mais il faut bien que ça commence avec cette prise de conscience, avec cette volonté première. C'est un impératif incontournable.


Un combat de tous les jours

Alors justement, concrètement, qu'est-ce que ça signifie ? L'apôtre Paul donne quelques pistes, avec des formules chocs :

« Souhaitez du bien (bénissez) à ceux qui vous font souffrir, souhaitez du bien et non du mal. » (v.14)
« Ne rendez à personne le mal pour le mal, cherchez à faire le bien devant tous. » (v.17)
« Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. » (v.21)

Des formules qui rappellent des paroles fortes de Jésus, dans le Sermon sur la Montagne :

« Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu. » (Mt 5.9)
« Vous avez appris qu'on a dit : “Œil pour œil et dent pour dent.” Mais moi, je vous dis : si quelqu'un vous fait du mal, ne vous vengez pas. Au contraire, si quelqu'un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l'autre joue. (Mt 5.38-39)
« Vous avez appris qu'on a dit : “Tu dois aimer ton prochain et détester ton ennemi.” Mais moi, je vous dis : aimez vos ennemis. Priez pour ceux qui vous font souffrir. Alors vous serez vraiment les enfants de votre Père qui est dans les cieux. (Mt 5.43-45a)

Un principe : combattre le mal par le bien

« Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. » (v.21)

Ce verset est particulièrement intéressant parce qu'il parle d'abord de ne pas se laisser vaincre avant de pouvoir être vainqueur... Il faut livrer un combat contre soi-même pour pouvoir être vainqueur du mal par le bien.

Jésus lui-même, alors qu'il n'avait pas de péché, a dû mener ce combat intérieur. A Gethsémané, il a livré une lutte pour accepter le chemin de la croix. Chemin par lequel il vaincra le mal par le bien, comme cela ressort de cette célèbre parole : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font. »

Si Jésus, le Fils de Dieu fait homme, sans péché, a dû livrer ce combat intérieur, alors à combien plus forte raison, nous qui devons lutter sans cesse avec ce mal tapi au fond de notre cœur, devrons-nous livrer un même combat ! Le combat contre le mal commence à l'intérieur de chacun de nous. Si on ne réagit pas, si on laisse libre court à ses réflexes naturels, on n'y arrive pas. On se laisse vaincre par le mal.

Céder à la vengeance, c'est se laisser vaincre par le mal. Entretenir un conflit, c'est se laisser vaincre par le mal. Refuser d'accorder le pardon, c'est se laisser vaincre par le mal.

Or, l'esprit de l'évangile, c'est de dire que le bien l'emporte sur le mal, l'amour sur la haine, le pardon sur la vengeance, la bénédiction sur la malédiction.

Une nécessité : agir 

En tout cas, une chose est sûre, pour l'apôtre Paul ce principe implique une nécessité : agir. Le verset 17 l'exprime bien : « Ne rendez à personne le mal pour le mal, cherchez à faire le bien devant tous. » (v.17)

Il ne s'agit pas seulement de s'abstenir de rendre le mal pour le mal, mais de chercher à faire le bien. Être en paix avec tous les hommes, ce n'est pas chercher à être le plus discret possible, pour ne pas faire de vague et ne pas avoir de problème avec qui que ce soit... C'est travailler activement à la paix, au pardon, à la réconciliation. Toujours chercher à faire le bien. Et le faire publiquement : « cherchez à faire le bien devant tous. »

Il s'agit de poser des gestes, des paroles de paix. Oser prendre l'initiative d'une réconciliation. Aller à la rencontre de celui qui est oublié, rejeté, stigmatisé. Poser des gestes de fraternité, d'accueil, à l'image de Jésus qui allait à la rencontre de tous... et cela lui a été reproché.

Alors où sont nos gestes de paix ? Notre monde en a tant besoin aujourd'hui... Tous les gestes de paix sont les bienvenus face aux gestes de haine et de terreur qui frappent notre monde. Chaque geste de paix posé dans notre quotidien compte.

Et où sont nos paroles de paix ? Des paroles de pardon, d'ouverture, d'accueil qui répondent aux paroles de colère, de rejet, de stigmatisation qui fleurissent, notamment sur les réseaux sociaux. Je suis attristé d'en voir aussi sur les comptes de certains chrétiens. Des paroles qui jettent de l'huile sur le feu, qui alimentent des peurs et des ressentiments, qui cèdent aux amalgames sur les musulmans, sur les migrants, etc...

Souvenons-nous que selon les Béatitudes, ce sont les artisans de paix qui seront appelés fils de Dieu...


Conclusion

Je ne peux pas dire : « Je suis en paix avec Dieu mais avec mon prochain, je m'en fiche ! » Notre relation à Dieu impacte nécessairement notre relation aux autres. Alors si nous sommes en paix avec Dieu, nous devons mettre tous nos efforts à être en paix avec tous. C'est une question de cohérence, de mis en pratique de notre foi. C'est un impératif incontournable... et c'est un combat de tous les jours.

dimanche 7 août 2016

En paix devant Dieu

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Nous avons besoin de paix ! Particulièrement après les événements tragiques de cet été. La paix, la Bible en parle souvent. C'est un des aspects du salut offert par Dieu, comme en témoigne le texte de l'épître de Paul aux Romains que je vous invite à lire aujourd'hui.

Romains 5.1-11
1Oui, nous avons été rendus justes en croyant, et maintenant nous sommes en paix avec Dieu, par notre Seigneur Jésus-Christ. 2Nous croyons et, par Jésus, nous pouvons nous approcher du Dieu d'amour en qui nous vivons maintenant. Et nous sommes fiers parce que nous espérons recevoir la gloire de Dieu. 3Bien plus, nous sommes fiers parce que nous souffrons. Nous le savons : la souffrance rend patient, 4et quand quelqu'un est patient, il reste fidèle malgré les difficultés. Celui qui est fidèle garde l'espérance,5et cette espérance ne trompe pas. En effet, Dieu a répandu son amour dans nos cœurs par l'Esprit Saint qu'il nous a donné.
6Oui, quand nous étions encore sans force, le Christ est mort pour les gens mauvais, au moment décidé par Dieu. 7Déjà, pour une personne juste, on ne serait guère prêt à mourir. Pour une personne qui fait le bien, on aurait peut-être le courage de mourir. 8Mais voici comment Dieu a prouvé son amour pour nous : le Christ est mort pour nous, et pourtant, nous étions encore pécheurs. 9Maintenant, son sacrifice nous a rendus justes. Alors, c'est sûr, le Christ va nous sauver aussi de la colère de Dieu. 10Oui, quand nous étions les ennemis de Dieu, il nous a réconciliés avec lui par la mort de son Fils. Puisqu'il nous a réconciliés, alors c'est sûr, Dieu va aussi nous sauver par la vie de son Fils. 11Ce n'est pas tout ! Nous sommes fiers de Dieu à cause de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a maintenant réconciliés avec Dieu. 


La paix avec Dieu

Au cœur de son grand développement théologique sur la justification par la foi, Paul parle de la paix : la paix avec Dieu comme conséquence de la justification. Une fois que nous sommes déclarés justes devant Dieu, une fois que nous avons reconnu par la foi que Jésus-Christ est mort et ressuscité pour nous, alors nous sommes en paix avec Dieu. C'est l'oeuvre de réconciliation de Dieu. Le salut apparaît donc ici comme le rétablissement d'une relation brisée avec Dieu.

Cette relation brisée, il en est question dès les premières pages de la Bible. Le récit du jardin d'Eden la décrit de façon imagée, avec l'homme et la femme chassés du jardin parce qu'ils avaient mangé du fruit de la connaissance du bien et du mal. Autrement dit, parce qu'ils avaient choisi délibérément de décider par eux-même, sans Dieu, ce qui est bien ou mal. Ils avaient eux-mêmes brisé la relation de dépendance et de communion avec leur Créateur.

Par la suite, l'histoire du salut, dans la Bible, est l'effort constant de Dieu vers l'homme pour renouer la relation. Et cet effort conduira finalement au Christ, et sa mort sur la croix. Preuve ultime de son amour. Or, comme Paul le souligne, pour qui le Christ est-il mort ? Pour des justes ? Non... pour des pécheurs. Des hommes et des femmes qui vivent sans Dieu et que Paul appelle même ici des ennemis de Dieu.

Si vous niez la réalité d'un conflit, si vous prétendez que tout va bien alors que ce n'est pas le cas, il ne peut pas être question de réconciliation... mais il ne peut pas y avoir non plus de relation authentique. Il en est de même avec Dieu. Reconnaître la réalité de cette relation brisée avec lui, de ce conflit premier avec le Créateur, c'est rendre possible la réconciliation.

Le salut devient alors le bonheur de la relation retrouvée avec Dieu. Et quel bonheur ! Qui que vous soyez, quelle qu'ait été votre vie, quoi que vous ayez fait, vous pouvez être réconcilié avec Dieu et retrouver avec lui, par la foi, une authentique relation.

C'est la paix avec Dieu, possible grâce à la mort et la résurrection de Jésus-Christ.


La paix de Dieu

En paix avec Dieu, nous retrouvons donc la possibilité d'une relation personnelle avec lui. Mais comment se manifeste-t-elle ? Autrement dit, comment passe-t-on de la paix avec Dieu à la paix de Dieu, celle qu'il déverse dans notre cœur, celle qui découle de notre relation avec Dieu ?

L'apôtre Paul l'évoque au verset 2 : « Nous croyons et, par Jésus, nous pouvons nous approcher du Dieu d'amour en qui nous vivons maintenant. Et nous sommes fiers parce que nous espérons recevoir la gloire de Dieu. »

Plus littéralement, nous pourrions le traduire ainsi : « Par lui (Jésus-Christ) nous avons accès par la foi à cette grâce dans laquelle nous nous tenons et nous sommes fiers de l'espérance de la gloire de Dieu. »

La paix de Dieu dans notre vie, c'est sa grâce aujourd'hui et sa gloire demain.

Et la force de la paix de Dieu se mesure dans l'épreuve. Paul ne le cache pas. Il va même très loin, disant mettre sa fierté dans l'épreuve : « Nous sommes fiers parce que nous souffrons. » (v.3) Pas pour la souffrance en elle-même mais pour ce qu'elle produit, grâce à la paix de Dieu : la patience et la fidélité éprouvée.

Sa grâce aujourd'hui

Cette grâce dont parle Paul, c'est celle de la justification par la foi. Elle fait de nous des être nouveaux, justifiés. Et cela non en vertu de nos mérites mais de la seule grâce de Dieu.

Et pourquoi ça change tout ? Parce que la grâce de Dieu alimente notre paix en Dieu. Libérés par elle, nous n'avons aucune crainte, aucune inquiétude. Le salut nous est acquis, l'amour de Dieu nous est promis. Nul ne peut revenir là-dessus. Je suis en paix parce que je n'ai pas à m'inquiéter de ce que je devrais faire pour mériter le salut ou l'amour de Dieu. Je les ai reçu, par grâce.

Cette paix, je la vis, je la ressens, par le Saint-Esprit. C'est par lui que Dieu répand son amour dans nos cœurs. Cette grâce de Dieu dans laquelle nous nous tenons est une source inépuisable de pardon et de restauration. Le Saint-Esprit qui nous la communique est Celui qui nous console.

Il est aussi Celui qui nous transforme, qui nous façonne. La paix de Dieu est l'harmonie retrouvée avec le Créateur, grâce à l'image de Dieu en moi façonnée à nouveau par le Saint-Esprit. La paix de Dieu nous rend plus fort pour affronter les épreuves. Il y a tant de témoignages de chrétiens manifestant cette paix dans l'épreuve, dans la maladie, face à la haine et la persécution.

En Christ, on peut être joyeux dans l'épreuve, on peut être paisible au milieu de la guerre, on peut être libre en prison. Parce que le Saint-Esprit répand l'amour de Dieu dans notre cœur.

Sa gloire demain

L'autre aspect de la paix de Dieu, c'est l'espérance de la gloire. Si la grâce est théologiquement associée à la mort de Jésus-Christ, pour notre justification, l'espérance est associée à sa résurrection. Parce que Jésus-Christ est mort pour nous, nous pouvons être en paix aujourd'hui et parce qu'il est ressuscité, nous pouvons être en paix pour demain !

Ce qui met en péril la paix, c'est l'incertitude du lendemain, la crainte et l'angoisse d'un avenir sombre. Or, nous avons l'espérance de la gloire ! Un avenir lumineux. Pour l'éternité.

Ça n'empêche pas les épreuves et les souffrances, parfois douloureuses. Mais ça permet de les relativiser. Comme le dira l'apôtre Paul un peu plus loin dans son épître : « J'estime en effet qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée en nous. » (Romains 8.18)

La paix de Dieu nous rend plus fort pour affronter les épreuves. Parce que nous savons que, quoi qu'il puisse nous arriver, la gloire nous attend. Face aux peurs et aux incertitudes de notre monde, Dieu nous donne la paix.


Conclusion

Nous avons besoin de paix ! L'apôtre Paul nous dit qu'elle se trouve en Dieu. Nous pouvons trouver la paix avec Dieu et la paix de Dieu. Celle que nous recevons en Christ et celle qui est versée en nous par le Saint-Esprit. Ce sont deux facettes de la même réalité du salut offert par Dieu. Une merveilleuse promesse pour tous ceux qui croient.

Bien-sûr, il faudrait aussi parler des conséquences dans notre relations aux autres. On ne peut pas dire : je suis en paix avec Dieu mais avec mon prochain, je m'en fiche ! Mais ça c'est une autre histoire... et il faudra que j'en parle dimanche prochain !

En attendant, soyons assurés d'avoir la paix avec Dieu, vivons dans sa paix aujourd'hui. Recevons sa grâce aujourd'hui et sa gloire demain.

dimanche 3 juillet 2016

Avoir Dieu pour mère

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Esaïe 66.10-14a
10Vous qui aimez Jérusalem,
réjouissez-vous avec elle,
débordez de joie à cause d'elle.
Vous qui étiez en deuil à cause de ses malheurs,
soyez fous de joie avec elle !
11Alors elle vous rendra courage.
Vous serez rassasiés
comme des bébés qui tètent avec joie
le sein rempli de lait de leur mère.
12En effet, voici ce que le SEIGNEUR dit :
« Je vais faire couler vers Jérusalem
le bonheur comme un fleuve,
et les richesses des peuples comme un torrent qui déborde.
Je prendrai soin de vous
comme une mère le fait
pour le bébé qu'elle allaite.
Elle le porte sur son dos
et le caresse sur ses genoux.
13Oui, comme une mère console son enfant,
moi aussi, je vous consolerai.
À Jérusalem, vous serez consolés.
14Quand vous vivrez cela,
votre cœur sera dans la joie,
et votre corps reprendra vie
comme l'herbe après la pluie. »


Dans sa deuxième et sa troisième partie, le livre d'Esaïe s'adresse aux Juifs exilés à Babylone, au VIe siècle avant Jésus-Christ. Il s'adresse à un peuple découragé, loin de son pays, en attente d'espérance. Or, au cœur de ces chapitres, il est question de consolation. Car Dieu a un projet de retour pour son peuple.

Juste avant notre texte, le prophète utilise l'image de l'enfantement pour parler de ce retour. Un miracle, sujet de joie immense. Et au cœur de notre texte, l'image se prolonge avec celle d'un bébé heureux, dans les bras de sa mère, rassasié de son lait.

Pourquoi ne pourrions-nous pas nous approprier cette image ? Car elle nous parle de Dieu et de ceux qu'il aime, de la relation qu'il veut avoir avec eux. Et on peut considérer la relation de Dieu avec le peuple d'Israël, dans l'Ancien Testament, comme un prototype de la relation qu'il veut entretenir avec les humains en général.

Et de cette image, nous pouvons déduire deux affirmations qui, il faut l'avouer, peuvent paraître surprenantes au premier abord :

  • Nous sommes des nourrissons qui avons besoin d'être consolés
  • Dieu est une mère qui console et nourrit



Nous sommes des nourrissons qui avons besoin d'être consolés

De simples nourrissons

L'image du nourrisson n'est peut-être pas, au premier abord, très valorisante. Un nourrisson, c'est mignon... mais c'est fragile, faible, vulnérable. Ca n'a aucune autonomie et une capacité de communication limitée.

Un nourrisson ne s'exprime pratiquement que par les pleurs. Quand il a faim, il pleure. Quand il a mal, il pleure. Quand il a peur, il pleure. Difficile d'avoir une conversation élaborée dans ces conditions ! Et pourtant, sa mère reconnaît ses pleurs. Ils ne sont pas les mêmes quand il a mal ou quand il a faim. Quand une mère entend son bébé pleurer, elle sait ce dont il a besoin.

Nous sommes bien des nourrissons devant Dieu, avec notre langage limité pour lui parler. Mais Dieu comprend nos murmures, nos cris et nos prières maladroites, comme une mère comprend les pleurs de son enfant.

Car les promesses de Dieu dans le prophète Esaïe sont aussi les réponses de Dieu aux prières de ceux qui criaient à lui dans le contexte de l'exil. Dieu les a consolé...

Le salut comme consolation

Le salut est une consolation. On associe, avec raison, d'autres notions au salut dans la Bible. Le pardon, la réconciliation, la régénération, la justification.... Ici, c'est la consolation. C'est une notion centrale chez Esaïe. La 2e partie du livre s'ouvre par cet appel : « Consolez, consolez mon peuple ! » (Es 40.1). Et la thématique de la consolation se répète de nombreuses fois dans les deuxièmes et troisièmes parties du livre. On retrouve aussi cette thématique chez d'autres prophètes, notamment Jérémie.

L'idée de consolation est liée alors au retour de l'exil. L'exil est certes l'éloignement du pays mais, spirituellement, c'est aussi et surtout l'éloignement de Dieu. Et dans le message des prophètes, le retour de l'exil est lié au retour à Dieu. La consolation est certes celle du retour au pays mais aussi celle du retour à Dieu. Comme le nourrisson qui retrouve les bras de sa mère.

Dans le Nouveau Testament, on retrouve cette idée de consolation associée au salut. Le vieux Syméon à Jérusalem, qui attendait la venue du Messie, nous est ainsi décrit par Luc : « Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d’Israël et l’Esprit Saint était sur lui. » (Lc 2.25) Et, prenant Jésus dans ses bras, il peut dire : « Maintenant, Seigneur, tu peux laisser ton serviteur mourir dans la paix, comme tu l'as dit. Oui, mes yeux ont vu le salut que tu nous donnes. » (Lc 2.29-30)

Nous sommes des nourrissons qui avons besoin d'être consolés. On a besoin d'être consolé quand on est triste, quand on souffre. Nous l'avons tous vécu. Mais nous avons besoin aussi d'une consolation spirituelle. Celle qui vient du salut de Dieu, de son pardon et sa grâce. Celle qui répond à la tristesse de l'éloignement de Dieu, la souffrance existentielle de la séparation avec Dieu. C'est une souffrance qu'on occulte parfois... mais qui est bien réelle. Parce que nous sommes créés par et pour Dieu, nous sommes faits pour être en relation avec notre Créateur.


Dieu est une mère qui console et nourrit

Pour illustrer cette consolation offerte par Dieu, c'est donc l'image de la mère qui est utilisée. Ce n'est pas la première fois que la Bible, à commencer par Esaïe, décrit Dieu avec des caractéristiques féminines. Et ça ne devrait pas nous étonner...

Car Dieu n'a pas de genre ! Même si Jésus nous invite à appeler Dieu « notre Père », ce dernier n'a rien à voir avec un vieillard à la barbe blanche ! Masculin et féminin sont des catégories valides pour les humains, pas pour Dieu !

Pour parler de Dieu, on en est réduit à utiliser notre langage, nos catégories. Nos mots, nos concepts, notre théologie, sont trop limités pour décrire Dieu. Nous ne sommes que des nourrissons... La perfection divine nous reste inaccessible, incompréhensible. Tout ce que nous disons de Dieu n'est que partiel. Nous ne pouvons l'enfermer dans les cases de nos mots, de nos concepts.

Mais il se révèle à nous avec le langage que nous comprenons. Comme les adultes communiquent avec les tout petits bébés par des mots et des sons adaptés. Dieu utilise notre langage pour se révéler. Il se met à notre hauteur. C'est le mouvement qui traverse toute la révélation biblique, jusqu'à son aboutissement dans l'incarnation, le Fils de Dieu devenu homme.

Avec notre langage humain, nous pouvons donc connaître ce que Dieu révèle de lui-même. Or, dans la Genèse, quand Dieu crée l'humain à son image, il les crée homme et femme. L'homme et la femme, le masculin et le féminin sont donc des métaphores également valides pour parler de Dieu ! Il est tout aussi légitime de parler de Dieu comme un père que comme une mère. Nous n'avons pas besoin de chercher une autre figure féminine à élever au rang de Dieu... Dieu, notre Père, est aussi notre mère.

Dieu : une mère qui console

« Comme une mère console son enfant, moi aussi, je vous consolerai. » (v.13). Cette promesse exprime le soin personnel, intime, de Dieu pour ses enfants. C'est une image d'une tendresse incroyable pour un Dieu aussi proche de nous qu'une mère l'est pour son enfant !

Ce Dieu si proche, c'est celui qui vient habiter en nous, par son Esprit. Notez d'ailleurs que le mot hébreux pour « esprit » (rouah) est féminin... Et que dans l’Évangile selon Jean, le Saint-Esprit est appelé le consolateur !

Dieu : une mère qui nourrit

« Vous serez rassasiés comme des bébés qui tètent avec joie le sein rempli de lait de leur mère. » (v.11). Là aussi, l'image est incroyable de tendresse et d'intimité. Dieu est une mère qui nourrit. Et la nourriture que Dieu donne, c'est le lait maternel. Il donne de lui-même. Il se donne. Comme Dieu se donnera lui-même dans la personne de son Fils. Comme Dieu lui-même nous remplit de sa présence, par son Esprit.

Vous avez déjà vu le visage d'un nourrisson dans les bras de sa mère après avoir bu son lait ? C'est l'image même du bonheur, de la béatitude. La plénitude ! Ce Dieu qui se donne lui-même pour nous ne peut que nous offrir la plénitude. Une plénitude de joie, d'espérance, d'amour.


Conclusion

Ce texte, plein d'espoir pour le peuple de Juda exilé à Babylone, est aussi porteur de promesse pour nous. Car il nous décrit un Dieu tendre et proche, une mère qui prend soin des nourrissons que nous sommes.

Laissons-nous donc prendre dans les bras de Dieu, laissons-nous consoler par lui, laissons-nous nourrir par lui. Abandonnons-nous à sa tendresse et recevons la plénitude de sa joie, celle de se savoir aimé par le Créateur de l'Univers.

Ecoutons-le nous dire :

« Je prendrai soin de vous
comme une mère le fait
pour le bébé qu'elle allaite.
Elle le porte sur son dos
et le caresse sur ses genoux.
Oui, comme une mère console son enfant,
moi aussi, je vous consolerai.
(...)
Quand vous vivrez cela,
votre cœur sera dans la joie,
et votre corps reprendra vie
comme l'herbe après la pluie. »

dimanche 19 juin 2016

Non à la discrimination !

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Galates 3.26-29
26En croyant au Christ Jésus, vous êtes tous fils de Dieu. 27Tous, vous avez été baptisés dans le Christ et vous êtes devenus semblables à lui. 28Il n'y a donc plus de différence entre les Juifs et les non-Juifs, entre les esclaves et les personnes libres, entre les hommes et les femmes. En effet, vous êtes tous un dans le Christ Jésus. 29Et si vous appartenez au Christ, vous êtes donc la famille d'Abraham, vous êtes héritiers comme Dieu l'a promis.


L'épître aux Galates n'est pas vraiment la plus diplomatique des épîtres de l'apôtre Paul... Il parle sans détour et dénonce avec fermeté ce qui doit l'être.

La question centrale, c'était de savoir s'il était nécessaire, pour tous les chrétiens, Juifs ou non, de respecter un certain nombre de principes de la loi de Moïse, notamment la circoncision. Paul doit recadrer les choses parce que la tendance était clairement en Galatie de demander aux croyants d'origine non-juive de se faire circoncire et de respecter un certain nombre de prescriptions juives.

Or, dès Galates 1.6 il dénonce cette attitude : « Dieu vous a appelés gratuitement par le Christ, et je m'étonne que vous lui tourniez le dos si vite pour aller vers un autre Évangile. » Et il va garder ce ton très ferme tout au long de son épître.

Notre texte constitue l'aboutissement de tout le raisonnement de Paul sur le rôle de la loi, en une affirmation radicale et absolue qui porte haut les valeurs de l’Évangile : « Il n'y a donc plus de différence entre les Juifs et les non-Juifs, entre les esclaves et les personnes libres, entre les hommes et les femmes. En effet, vous êtes tous un dans le Christ Jésus. »


Dans l’Église, pas de discrimination !

Ce qui est intéressant dans la formule du verset 28, c'est que le raisonnement de Paul jusqu'ici concernait exclusivement la question des Juifs et des non-Juifs. En Jésus-Christ, il n'y a plus de distinction à faire, tous ceux qui croient sont descendants d'Abraham, qu'ils soient Juifs ou non. Il aurait pu donc dire simplement : « Il n'y a plus ni Juifs ni Grecs car tous vous êtes un dans le Christ Jésus. » Mais il en tire une conclusion plus vaste : non seulement il n'y a plus ni Juifs ni Grecs, mais il n'y a plus non plus ni esclaves ni libres, il n'y a plus ni hommes ni femmes !

Si l'apôtre Paul se permet d'élargir son propos, c'est bien parce qu'il s'agit de l'affirmation d'un principe universel ! « Vous êtes tous fils de Dieu », « Il n'y a plus de différence... vous êtes tous un dans le Christ Jésus ».

Autrement dit : il ne doit y avoir aucune différence de traitement dans l’Église, aucune discrimination. Paul nous invite à un large accueil, sur la seule base de la foi en Jésus-Christ, manifestée par le baptême. Toute Église se doit d'accueillir sur cette seule base : ceux et celles qui partagent cette foi en Christ, ceux et celles qui sont en recherche ou en chemin vers cette foi en Christ. On accueille d'abord, de façon inconditionnelle. On pourra parler de théologie, d'éthique, de vie chrétienne, ensuite... Mais on accueille d'abord !

Et ce n'est pas toujours simple... La coexistence des chrétiens d'origine juive et non-juive était bien LE grand défi de l’Église naissante au Ier siècle. Mais d'autres discriminations étaient présentes dans la société de l'époque... et elles se retrouvaient dans les Églises aussi. A Corinthe, on reproduisait dans l’Église les différences sociales : chacun mangeait dans son coin sans se mélanger. Jacques reproche un peu la même chose dans son épître en dénonçant le fait qu'on accueillait bien les riches en leur donnant une place d'honneur et qu'on négligeait les pauvres.

Paul, dans notre texte, parle de la discrimination entre esclaves et hommes libres, ou entre hommes et femmes. Il s'agissait de fractures sociales fortes au temps du Nouveau Testament et elles se retrouvaient parmi les chrétiens. Mais l'apôtre Paul, au nom du principe universel qu'il souligne, affirme qu'elles n'ont plus leur place dans l’Église !


Dans l’Église, il y a encore des fractures...

Pourtant, l'exhortation garde toute sa pertinence aujourd'hui. Des fractures, il en reste dans l’Église.

Si la fracture Juifs/non-Juifs, ou esclaves/hommes libres ne nous concerne plus directement aujourd'hui, ce n'est sans doute pas le cas de la fracture hommes/femmes. Même si les choses ont évolué, la question demeure. Peut-on vraiment dire, aujourd'hui, qu'il n'y a dans les Églises aucune différence entre les hommes et les femmes ?

Vous me direz qu'il y a bien quelques textes dans le Nouveau Testament qui semblent  restreindre l'implication des femmes dans l’Église, notamment concernant l'enseignement. Mais ces textes, peu nombreux, ne devraient-ils pas être lus dans le contexte culturel de l'époque et dans les circonstances de leurs destinataires ? Alors que notre texte, avec sa portée universelle, veut justement briser les fractures culturelles !

Et surtout, quand on considère plus largement le rôle assumé par des femmes dans le Nouveau Testament, on peut légitimement s'interroger sur la pertinence de leur interdire tel ou tel ministère. Elles sont les premiers témoins du Christ ressuscité, elles prophétisent dans les Églises, plusieurs sont appelées des collaboratrices par Paul, Priscille a instruit Apollos après sa conversion, Phoebé a le titre de ministre de l’Église de Cenchrées (Rm 16.1), Junia celui d'apôtre (Rm 16.7)... et tout cela dans un contexte culturel extrêmement patriarcal !

C'est par la suite, et malheureusement rapidement, que la domination masculine a fait faire machine arrière à l’Église... et pour longtemps !

Plus largement, il ne s'agit pas bien-sûr de suivre sans réfléchir les évolutions de la société. Il faut savoir résister et dire non quand il le faut, quand l’Évangile est en cause.  Mais pourquoi les Églises devraient-elles être toujours à la traîne ? Lorsque Paul dit aux chrétiens de Rome : « Ne vous conformez pas au siècle présent » (Rm 12.1), il ne leur dit pas « conformez-vous au siècle dernier » ! L'Evangile est le message du Royaume de Dieu, et c'est un Royaume en marche, pas un Royaume figé dans le passé.

On mesure mal à quel point l'affirmation de l'apôtre Paul ici résonne comme un coup de tonnerre dans le contexte socio-culturel de son époque ! Il est en avance sur son temps ! Et j'ai parfois l'impression qu'au lieu d'être un poste avancé du Royaume qui vient, l’Église a trop souvent été un poste retranché sur des combats d'arrière-garde...

Nous avons, en tant qu'Eglise, la responsabilité de manifester le Royaume de Dieu. Un Royaume dans lequel « il n'y a plus de différence entre les Juifs et les non-Juifs, entre les esclaves et les personnes libres, entre les hommes et les femmes. » Un Royaume dans lequel les relations sont différentes que dans la société, à cause du Christ, parce que nous sommes « tous un dans le Christ Jésus. » !


Conclusion

Je suis fasciné par la portée de cette affirmation de l'épître aux Galates. Le coup de tonnerre continue à résonner...

Pour reprendre, et prolonger, l'exhortation de Paul aux Romains, je dirais :

  • Ne vous conformez pas au monde présent... mais conformez-vous au Royaume qui vient. 
  • Vivez l’Évangile, la même bonne nouvelle de salut pour tous, Juifs et non-Juifs, esclaves et libres, hommes et femmes... et j'ajouterais riches et pauvres, petits et grands, résidents et exilés, et la liste continue... 


Non, l’Église ne peut pas être un lieu de discrimination. Ce serait une trahison du Royaume de Dieu. C'est le lieu où l’Évangile est proclamé et vécu, où la promesse est rappelée : « En croyant au Christ Jésus, vous êtes tous fils de Dieu. »